Et Clark Ashton Smith?

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Re: Et Clark Ashton Smith?

Messagepar Algernon » 02 janvier 2016 à 17:01

JDB a écrit :Tu mets de l'eau à mon moulin. C'est un projet pour un éditeur de littérature générale un peu excentrique. Tout comme l'eût été, en son temps, Le Quatuor de Jérusalem. Gérard Klein a eu le courage de le publier, mais il n'aurait pas dû le faire en "Ailleurs et demain" (cela dit, peut-être que c'était ça ou rien).

Ah, donc, tu parlais d'un échec total dans le cadre d'une collection ou d'un éditeur spécialisé SF/F/F. Là, oui, je suis d'accord. Ainsi qu'avec l'exemple du Quatuor. Certaines étiquettes sont malheureusement devenues beaucoup trop restrictives. Mais je ne comprends pas qu'aucun éditeur de littérature générale ne s'intéresse à Crowley ou Whittemore (dont il reste toujours un roman indépendant Quin's Shanghai Circus à traduire). Mais où sont donc passés les excentriques ?

JDB a écrit :Et en dépit d'une presse élogieuse, le Quatuor s'est si peu vendu, et a subi une telle attrition des ventes (à peine 1500 ex. pour le dernier, si ma mémoire est bonne), que personne n'en a voulu en poche.

Ça, c'est typiquement un raisonnement que le lecteur que je suis ne comprend pas du tout. Après un échec en grand format, une édition de poche ne permet-elle pas de récupérer un minimum de bénéfice, même infinitésimal ? Au cinéma, quand un film fait un flop, le distributeur espère se rattraper un peu avec le dvd.
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Re: Et Clark Ashton Smith?

Messagepar JDB » 02 janvier 2016 à 17:13

Quelqu'un qui connaît mieux que moi les rouages de l'édition (Olivier, Gilles, Pascal...) te répondra avec plus d'autorité que moi, mais, à mon avis, C.A. Smith a le tort d'être perçu comme archaïque et de n'avoir quasiment aucune notoriété en France. On peut rééditer Lovecraft et Howard, et on ne s'en prive pas, mais rééditer des classiques méconnus (ou les traduire, carrément--je pense à James Branch Cabell, E.R. Eddison et d'autres, c'est très risqué, comme on dit en Litotie.
Algernon a écrit :[.. Après un échec en grand format, une édition de poche ne permet-elle pas de récupérer un minimum de bénéfice, même infinitésimal ? Au cinéma, quand un film fait un flop, le distributeur espère se rattraper un peu avec le dvd.

Là encore, quelqu'un qui connaît mieux que moi, etc, mais je ne pense pas que le modèle économique soit le même, sauf peut-être pour un éditeur qui maîtrise toute la chaîne, du grand format au poche en passant par le club du livre et le numérique.
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Re: Et Clark Ashton Smith?

Messagepar Thomas Day » 02 janvier 2016 à 17:56

Algernon a écrit :Ça, c'est typiquement un raisonnement que le lecteur que je suis ne comprend pas du tout. Après un échec en grand format, une édition de poche ne permet-elle pas de récupérer un minimum de bénéfice, même infinitésimal ? Au cinéma, quand un film fait un flop, le distributeur espère se rattraper un peu avec le dvd.


Je ne suis pas éditeur poche, mais je vois quand même passer les ventes et autres comptes prévisionnels. Pour publier en poche faut racheter les droits (à moins de les avoir dès le départ), c'est comme ça que Jakabok n'est pas sorti en poche alors que Pascal voulait le faire. On était tellement déficitaires sur l'édition grand format que j'ai refusé de repayer pour le poche... ce qu'exigeait l'agent (ce n'est pas toujours le cas, avec certains agents j'ai négocié une sortie sans avance avec juste les royalties sur relevés). Le poche c'est de la grande diffusion, le but c'est de vendre beaucoup, pas de redonner une seconde chance aux titres (statistiquement, il n'y a pas de seconde chance en poche ; en tout cas, je n'en ai jamais vu pour un livre que j'avais publié).

Le quatuor de Jérusalem, paradoxalement je verrai plutôt ça en belle édition intégrale en deux volumes avec peut-être un peu de paratexte (on ne m'enlèvera pas l'idée de la tête que personne n'a voulu acheter des livres aussi moches).

Pour certaines œuvres le numérique devrait pouvoir jouer le rôle du poche, du moins sur le plan d'une "édition à petit prix". Mais imprimer du poche pour donner une seconde chance, ça n'est possible que pour un éditeur dont le poche n'est pas le métier principal.

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Re: Et Clark Ashton Smith?

Messagepar Algernon » 03 janvier 2016 à 03:51

Thomas Day a écrit :Pour publier en poche faut racheter les droits (à moins de les avoir dès le départ), c'est comme ça que Jakabok n'est pas sorti en poche alors que Pascal voulait le faire. On était tellement déficitaires sur l'édition grand format que j'ai refusé de repayer pour le poche... ce qu'exigeait l'agent (ce n'est pas toujours le cas, avec certains agents j'ai négocié une sortie sans avance avec juste les royalties sur relevés).


Naïvement je pensais que l'éditeur français achetait le droit de traduire un texte et de diffuser ensuite cette traduction dans n'importe quelle édition durant un temps déterminé que ce soit en grand format, en poche, en collector ou dans n'importe quel autre format. L'idée qu'un contrat restreigne les droits à un seul type de format, je trouve ça d'un loufoque...

JDB, Gilles, merci pour vos réponses. Je ne poserai pas d'autres questions car chaque fois que j'en apprends plus sur le monde dans lequel vous travaillez je le trouve toujours plus absurde.
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Re: Et Clark Ashton Smith?

Messagepar JDB » 03 janvier 2016 à 15:40

Algernon a écrit :...Je ne poserai pas d'autres questions car chaque fois que j'en apprends plus sur le monde dans lequel vous travaillez je le trouve toujours plus absurde.

Il n'a rien d'absurde. C'est une entreprise marchande dans le cadre d'une société marchande. Tu t'exprimes d'un point de vue d'un passionné.
Quand un passionné se lance dans un projet d'édition de ce qui le passionne, soit il découvre qu'il n'existe pas assez de passionnés comme lui pour que l'entreprise soit rentable (ce qui ne l'empêche pas de la poursuivre), soit l'entreprise s'avère rentable et il risque alors d'être doublé par un éditeur marchand.
J'ai vécu comme lecteur d'édition l'arrivée de James Ellroy en France. Il n'intéressait personne (un ami à moi, lecteur pour les Presses de la Cité, m'a dit qu'on l'avait refusé là-bas, et je l'ai vu refusé chez Albin Michel). François Guérif s'est pris de passion pour lui, l'a publié, avec difficulté pour les premiers livres, puis est arrivé Le Dahlia noir qui a été un best-seller.
Après quoi tout un tas d'éditeurs ont sorti leurs chèques, mais Ellroy, loyal, est resté chez Rivages.
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Re: Et Clark Ashton Smith?

Messagepar Razheem L'insensé » 03 janvier 2016 à 16:06

Thomas Day a écrit :Le quatuor de Jérusalem, paradoxalement je verrai plutôt ça en belle édition intégrale en deux volumes avec peut-être un peu de paratexte (on ne m'enlèvera pas l'idée de la tête que personne n'a voulu acheter des livres aussi moches).



Ah ça...je crois qu'on a rarement fait aussi moche que les couvertures du Quatuor. Je ne sais pas si c'est uniquement à cause de ça que cela ne s'est pas vendu mais ça n'a clairement pas aidé. Y'a certains éditeurs qui aiment se tirer une balle dans le pied...
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Re: Et Clark Ashton Smith?

Messagepar ubikD » 03 janvier 2016 à 17:46

Ah ça...je crois qu'on a rarement fait aussi moche que les couvertures du Quatuor.

Si si. Mon petit doigt me souffle Eifelheim.
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Re: Et Clark Ashton Smith?

Messagepar Olivier Girard » 03 janvier 2016 à 19:52

Je réponds à Térard sur ses questions et remarques concernant le Bélial'...

Le véritable problème du Bélial', très franchement, c'est le temps (qui nous ramène à une question d'argent, on est d'accord, mais pas que). Pour dire les choses autrement, il ne se passe pas une journée (ou presque), sans qu'on me suggère de publier tel truc, de rééditer tel autre truc. Et quand je dis, ouais, super : tu prends le projet en charge ? Généralement, il n'y a plus personne, ou alors ça prend littéralement des années (étant entendu qu'à titre perso, le Bélial' se développant, et Bifrost étant un véritable aspirateur à temps et à énergie, j'ai de moins en moins de disponibilité pour prendre en charge directement tel ou tel projet). Ceci étant posé, et étant entendu que le Bélial' se trouve face à une micro crise de croissance qu'il va nous falloir régler, chaque projet à ses contraintes propres. Concernant C.A. Smith, le truc, c'est qu'à mon sens, il faut retraduire. Et je ne trouve personne pour faire ça. Quand je dis personne, c'est évidemment personne de qualité à nos tarifs (10 € le feuillet). Bref, je cherche l'oiseau rare, mais je ne le trouve pas. Pour la suite de La Paille, c'est un peu le même problème (on a peut-être un traducteur, mais j'ai des doutes et les choses n'avancent pas). Bref, si on pouvait payer 20 € le feuillet, il est évident que ça serait plus simple et que certains projets aboutiraient plus rapidement.
Donc, pour en revenir à la question de Tétard, tout est lié. Je manque de temps pour véritablement chercher la perle rare côté traduction et boulonner juridiquement certains projets. Au Bélial', chaque projet a de plus en plus besoin d'un "champion" (comme Jean-Daniel est le champion de Poul Anderson ou Lucius Shepard, si vous voulez). On manque de temps, et on a pas (encore ?) assez de liberté financière pour se payer le temps en question.
Toujours sur les questions de Tétard, tout est lié. On ne manque pas de traducteur compétent mais on manque d'argent pour les attirer (en gros), ce qui nous renvoie donc à la crainte de manque de rentabilité des projets en question, mais aussi à des problèmes de calendriers éditoriaux puisque, faute de temps, il nous est difficile de rajouter des titres (même si on le fait quand même avec, par exemple, la création de la collection "Une heure-lumière). Enfin, il peut aussi y avoir, au cas par cas, des problèmes d'obtention de droits (d'ailleurs à ce titre, les choses ne s'arrangent pas... comme le souligne Gilles en évoquant les "enchères" auprès des agents).
Tétard a écrit :Et plus généralement, en ce qui concerne les petits et moyens éditeurs de l'imaginaire (et non seulement le Bélial) :
1) Les publications sont-elles toujours effectuées sur fonds propres, ou bien les éditeurs peuvent-ils, pour tel ou tel ouvrage, faire un emprunt bancaire afin de financer la publication, en espérant que les recettes couvrent l'emprunt initial ?
2) Et, quel que soit le mode de financement, les éditeurs ont-ils la possibilité de souscrire des polices d'assurance sur tel ou tel ouvrage (ou bien sur l'ensemble des publications d'une année) afin de couvrir les pertes éventuelles (retours et pilon) ? Je suppose que non, vu l'état de l'édition en France : alors, est-ce parce que les assureurs sont trop frileux vis-à-vis de tels risques difficiles à évaluer, ou bien parce que les primes demandées par les assureurs sont exorbitantes et ne valent la peine d'être payées que pour des publications massivement diffusées et relayées (Houellebecq, Harry Potter, Da Vinci Code, 50 nuances, etc.) ?

1 : pour le Bélial', la répons est oui : les publications sont toujours effectuées sur fonds propres (le Bélial' ne finance que les livres qu'ils peut financer en direct, sauf rares exceptions très spécifiques qui pourraient donner lieu à un financement participatif).
2 : non, à ma connaissance (mais je maîtrise mal le sujet).
Tétard a écrit :Nombre de projets de traductions (en particulier, mais pas seulement) échouent, sont repoussés sine die (entre autres exemples, recueils de nouvelles de Zelazny, Bester en Lunes d'encre) ou ne sont mêmes jamais envisagés (89 ans pour traduire Lud-en-Brum !).
Je comprends ta frustration, Tétard, j'éprouve la même bien souvent (ma liste de titres "à publier" est longue comme un jour sans pain). Mais la situation en France, en terme de disponibilité du fond, n'est pas si catastrophique à mon sens (on peut voir le verre à moitié vide, évidemment, mais je le considère plutôt à moitié plein par nature, sans même regarder la situation chez nos voisins...).
Tétard a écrit :pour répondre plus précisément à mon questionnement, existe-t-il ou a-t-il existé des assurances pour aider les éditeurs à compenser les pertes des publications ne trouvant pas leur public ? Ou bien les éditeurs sont-il systématiquement leur propre assureur (les gains de certains ouvrages devant compenser les pertes des autres, même si j'ai bien compris que chaque livre, avant diffusion, est censé être bénéficiaire) ?

Chaque livre est censé au moins s'équilibrer. A nos tarifs, et avec nos frais fixes (bien moindres que ceux d'une structure comme Denoël, par exemple), on doit viser des ventes minimums autour de 2000 exemplaires (500 de moins environ pour un auteur français). Atteindre ces chiffres signifie qu'on ne perd pas d'argent. On y arrive assez souvent. Les dépasser (gagner de l'argent, donc), est en revanche beaucoup plus rare. Ce qui nous renvoie aux problèmes structurels évoqués plus haut.
J'espère avoir répondu à quelques-unes de tes interrogations, Tétard...
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Re: Et Clark Ashton Smith?

Messagepar Aldaran » 04 janvier 2016 à 13:55

ubikD a écrit :
Ah ça...je crois qu'on a rarement fait aussi moche que les couvertures du Quatuor.

Si si. Mon petit doigt me souffle Eifelheim.

Plus incomprise que moche, celle d'Eifelheim.
Mais je crois être le seul à penser ça donc je dois me tromper.
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Re: Et Clark Ashton Smith?

Messagepar Razheem L'insensé » 05 janvier 2016 à 01:36

ubikD a écrit :
Ah ça...je crois qu'on a rarement fait aussi moche que les couvertures du Quatuor.

Si si. Mon petit doigt me souffle Eifelheim.


J'allais le mettre, mais je voulais pas remuer le couteau dans la plaie.

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