
La parution presque simultanée par l'hégémonique duopole étasunien de deux bandes dessinées (
Captain America : Steve Rogers chez
Marvel &
Rebirth chez
DC) qui chacune a leur échelle se propose de modifier tout ce qu'on savait jusqu'à maintenant sur tel ou tel personnage ou sur telle ou telle (maxi-) série, sans parler des multiples relances ou remise à zéro, univers parallèles (liste non exhaustive), qui agitent régulièrement le landerneau éditorial de ces éditeurs ; bref tout cela m'a amené à quelques réflexion dont je vous livre la synthèse.
Si tant est que cela intéresse quelqu'un d'autre que moi.
Bonne lecture. [-_ô]
L’imaginaire collectif est un multivers... Je fais partie de ces amateurs de fictions pour qui l’histoire est tout, pour qui l’histoire prime sur les personnages.
Je parle notamment de ces personnages dont la longévité est presque humaine ; même s’ils semblent s’ébattre dans un présent éternel :
Doc Savage,
Flash Gordon,
Miss Hulk,
Superman, etc.
À cela s’ajoute que de mon point de vue l’essence des protagonistes de fiction précède leur existence.
En effet selon l’Existentialisme germanopratin, l’essence d’un produit manufacturé est ce sans quoi ils ne peuvent être conçus. Leur essence (ou fonction) précède leur existence : un couteau est fabriqué pour couper, un siège pour s’asseoir.
Et un personnage de fiction est d’abord un produit manufacturé, une fonction.
Superman est pourrait-on schématiser, un super-héros positif à l’esprit un peu
boy-scout. Le
Docteur Fatalis est un despote dont le rôle est celui d’un super-vilain.
Et de mon point de vue toujours, l’essence d’un personnage sur des séries à suivre relativement longues voire très longues, n’a aucun intérêt à subir ce qu’on nomme parfois « une leçon d’anatomie » en référence à cet épisode fameux (le #21) où
Alan Moore reprenant le titre
The Saga of Swamp Thing redéfinit entièrement le personnage :
Swamp Thing n'est pas un homme qui se serait transformé en "créature du marais", mais une créature du marais qui se prend pour un homme.

Sauf bien entendu, de manière ponctuelle pour les besoins d’un
cliffhanger par exemple, ou lors de péripéties d’une durée toujours déterminée.
Ainsi il ne faisait aucun doute que la substitution ayant eu lieu dans les pages d’
Amazing Spider-Man ne pouvait durer éternellement.
Toutefois un personnage comme
Superman par exemple, né en 1938 a forcément subit quelques changements au fil du temps, mais aucun que l’on puisse rapprocher d’une « leçon d’anatomie ».
Cela dit, pour certains personnages même cette hypothèse, celle d’un retournement à 180°, est peu sinon inenvisageable.
Ainsi, quel intérêt de faire de
Oui-Oui un tueur en série ?
Autant inventer un autre personnage qui remplira ce rôle (cette fonction), et l’introduire le cas échéant au
Pays des jouets.
Même si pour le coup une décision aussi radicale changerait tout aussi radicalement le cœur de cible des histoires imaginées par
Enid Blyton, si tant est qu’elles puissent trouver un public qui pérenniserait ce concept.
Un tueur en série au
Pays des jouets c’est la rencontre de la carpe et du lapin devant le tableau périodique des éléments : pas sûr que ça marche.
... Cela étant il y a peu de temps, j’ai eu l’occasion de lire une série où, manipulé par le criminel bien connu des habitants de
Gotham surnommé
Joker,
Superman tuait la mère de son enfant à naître.
Fou de rage, l’Homme d’Acier se transformait alors en
Dirty Harry kriptonien et tuait le vilain au nom de carte à jouer ; ce meurtre de sang-froid marquant le début d’une ère sombre pour les héros de la
Ligue de Justice, etc…. et accessoirement une série qui aura trouvé son public :
Injustice : Les Dieux sont parmi nous.

Incidemment et contre toute attente, j’ai trouvé les premiers numéros de cette série inspirée à l'origine d'un jeu vidéo, très réussis et très captivants.
Quand bien même l’essence du premier des super-héros avait été radicalement transformée. C'est peu de le dire !
Et pourtant, je suis de ceux qui pense à l’instar du scénariste étasunien
Joe Kelly « qu’on a bien le droit d'avoir UN personnage qui nous serve d'étoile polaire. Qui représente le bien. Celui vers lequel on aspire. [..] je pense qu'il n'a pas besoin d'avoir une part d'ombre, ni de refléter la société, pour fonctionner comme personnage.[...] Superman peut-être meilleur que ça (les travers de la société, la colère des uns et des autres), être au-dessus de la mêlée ! »J’en étais là de mes réflexions, un peu perplexe, d’un côté je pense que
Superman doit être au-dessus de la mêlée et d’un autre côté je me réjouis des aventures d’un
Superman devenant un super-
vigilant.
Cherchez l'erreur ??
Quand il m’est apparu que l’aporie apparente de ma situation n’en était pas une.
Onde et particule... En effet, tout le monde sera d'accord pour dire que la diégèse (le monde fictionnel) n’est nullement perturbée par l’acte de la lecture (ou celui de regarder dans le cas d’un film ou d’une série télévisée) car le lecteur (ou le spectateur) n’est pas "l’observateur" dans l’acception quantique du terme mais plutôt "l’objet".
En effet, c'’est son univers mental, son imaginaire qui est modifié par ce qu’il lit. Et pas le contraire : la réalité physique d’un livre (d’un film ou d’une bande dessinée) reste inchangée quelque soit le lecteur.
Je ne parle pas ici des traductions vous l'aurez compris.
Toutefois la perception que l’on a de cette expérience vécu au travers du filtre de notre suspension volontaire d’incrédulité peut selon la subjectivité de chacun, transformer les personnages de fiction en entités quantiques.
Ainsi, un même personnage aux comportements totalement différents peut en toute quiétude habiter deux plans d’existence dans l’imaginaire du lecteur en fonction de l’ouvrage dans lequel ce personnage évolue.
Ainsi
Superman n’est plus uniquement un héros solaire et positif (
All-Star Superman / Morrison & Quitely par exemple) il est aussi un héros sombre et tragique sans que cela soit gênant (
Injustice, les dieux sont parmi nous / Tom Taylon & Co.).
Deux conditions sont toutefois nécessaires pour faire apparaître ce qui semble un paradoxe : la force de l’histoire dans laquelle prend place tel ou tel état du personnage, et bien sûr la réceptivité du lecteur au travers de sa suspension volontaire d’incrédulité.
Ces deux éléments peuvent ainsi modifier l’univers mental de l’objet (moi, nous) et faire coexister deux états normalement incompatibles dans le multivers qu’est notre imaginaire collectif.
Il va sans dire que notre imaginaire individuel est aussi un multivers.
Merci de votre attention.