Bifrost n° 86 : spécial Richard Matheson (avril 2017)

Avatar de l’utilisateur
JDB
L'équipe du Bélial'
Messages : 1409
Enregistré le : 20 avril 2009 à 15:08
Contact :

Re: Bifrost n° 86 : spécial Richard Matheson (avril 2017)

Messagepar JDB » 27 avril 2017 à 06:26

Pyjam a écrit :... Fondation fourvoyée...

Excellent!
Sinon, relire le dossier dans Bifrost 61. Il serait intéressant de faire le point quelques années après, d'ailleurs -- peut-être toutefois sans y consacrer tout un dossier.
JDB
“Pourquoi le visage qui est le mien, tel que vous le voyez, ne serait-il pas un simple masque ?”
Avatar de l’utilisateur
Thomas Day
Modérateur
Messages : 6124
Enregistré le : 22 avril 2009 à 14:40

Re: Bifrost n° 86 : spécial Richard Matheson (avril 2017)

Messagepar Thomas Day » 27 avril 2017 à 06:50

Pyjam a écrit :Vous êtes éditeur dans un registre qui a moins de visibilité que la presse de charme qui a pourtant été totalement anéantie par internet et vous gardez le moral. Sincèrement, chapeau ! :O)


Mais de quelle visibilité parle-t-on ?
Quand je suis arrivé chez Denoël (1998-1999), on mettait en place en librairie (soit toute la francophonie) 2300 exemplaires environ de chacun des titres de la collection, 3000 sur un titre comme Spin (lauréat du prix Hugo, puis du Grand Prix de l'Imaginaire). Aujourd'hui les écarts sont assez grands, on met en place à 1400-1800ex (disons les titres "courants"), comme à 3000ex selon ce qu'on fait autour du livre (plaquette, PLV, venue de l'auteur), et globalement le succès ou le naufrage d'un titre ne se joue plus là, à ce niveau-là.
Mon point de vue (déjà ancien) c'est qu'en SF/F/F on est passé d'une économie de mise en place à une économie de réassorts, donc paradoxalement à un système plus "cruel", mais plus sain.
La visibilité du livre, elle se fait en librairie, certes, en librairie en ligne (beaucoup), mais aussi en presse et sur les réseaux sociaux.
En presse, il faut un "coin" pour entrer, tout ne peut pas être médiatisé, des auteurs et/ou sujets portent davantage que d'autres et les produits de divertissement "populaires" ont assez peu de chance d'émerger.
Sur les réseaux sociaux ces mêmes produits (de divertissement/populaires) peuvent acquérir beaucoup de visibilité, car la lectrice ou le lecteur ne va pas mettre en avant le sujet, mais le plaisir qu'il a eu à lire l'ouvrage.

Au-delà de ma petite chapelle, j''essaye de voir ce qui est "important" pour un genre. Ce qui est important, me semble-t-il en SF qui est une littérature "collective" qui ne fonctionne comme aucune autre, c'est que les titres les plus pointus, novateurs, à même de faire avancer le genre soient disponibles (en français). Je ne parle pas de succès, mais juste de disponibilité. On en a parlé mille fois, ici ou ailleurs, la non-publication des meilleurs romans de Neal Stephenson (due aux coûts de traduction de livres absolument déments en termes de taille, coûts à mettre en rapport avec un public potentiel réel, mais éparpillé par les effets pervers de la surproduction) est un indicateur très négatif, ces livres devraient être disponibles, bien traduits en français. Ils sont importants pour mille raisons, dont la "place à part" qu'ils occupent dans le genre. A contrario, le succès d'un recueil de nouvelles de Ken Liu (au Bélial') est un indicateur extrêmement enthousiasmant.

Je crois qu'on ne se penche pas assez sur l'évolution du lecteur de SF depuis les années 70 à aujourd'hui. Quand je suis arrivé dans le milieu je ne rencontrais quasiment que des lecteurs disons "purs", ne lisant peu ou prou que le genre SF (et souvent du polar "François Guérif présente"). Aujourd'hui je ne rencontre quasiment plus que des lecteurs qui lisent Agullo, le nouvel Attila, M. Toussaint Louverture, ce genre d'éditeurs et qui ont du goût et une très grande curiosité pour la SF. C'est clairement dû à la ligne particulière de Lunes d'encre, mais j'ai suivi le même chemin, je suis très séduit par les éditeurs sus-nommés et je néglige complètement des auteurs que j'aurais scrupuleusement "suivis" il y a vingt ans... comme Alastair Reynolds, par exemple.

Pyjam a écrit :Je me rappelle d'une époque où je trouvais encore les nouveautés Ailleurs & Demain dans les Relais H du RER... Ce n'est plus qu'un souvenir.


Vous parlez d'une époque où il y avait deux ou trois collections grand format et où Ailleurs&Demain faisait office de leader incontestable. Aujourd'hui vous avez trente, quarante, cinquante collections grand formats, aucun leader incontestable sur le genre et surtout de la SF absolument partout, en rayon de littérature étrangère, en littérature française, en polar, etc.
Norman Spinrad a dit "un livre de SF c'est un livre où il y a marqué SF dessus" (je ne me souviens pas de la citation exacte), je pense que ce n'est plus le cas, un livre de SF c'est un livre dans lequel une ou plusieurs sciences (dures et/ou sociales) sont abordés par le trait de la fiction, idem pour le rapport à la science, ou notre rapport à notre environnement technologique. Notre environnement (technologique / écologique) étant devenu ce qu'il est, un bon gros morceau de la littérature contemporaine relève directement ou indirectement (par expérience de pensée) de la SF.
Les gens pleurent sur la mondialisation, mais la mondialisation n'est pas un choix politique, c'est une réalité irréversible (sauf à vouloir vivre en Corée du nord, et encore la Corée du nord est condamnée à s'effondrer, la question c'est plutôt quand et comment). On peut pleurer sur la dilution de la SF dans la littérature contemporaine, mais globalement c'est une réalité aussi irréversible que la mondialisation.

Pour finir j'en reviens à ce qui important : que les titres (importants, novateurs) soient disponibles, bien publiés. Evidemment qu'on veut qu'ils aient du succès, qu'ils soient visibles, médiatisés, car le succès ouvre des possibilités. Le recueil de Vandana Singh que j'ai publié, Infinités, ne s'est pas bien vendu et je regrette qu'on ne puisse probablement pas en faire un second car les textes SF récents de Vandana sont passionnants par leur humanité. Je pense que le public français devrait avoir accès à de tels textes. Mais tout n'est pas perdu, dans quelques années Vandana aura un succès incontestable pour un titre, une novella, et les portes se rouvriront en grand.

GD
Avatar de l’utilisateur
Pyjam
Radieux
Messages : 225
Enregistré le : 12 janvier 2016 à 13:57
Localisation : Babylon 5

Re: Bifrost n° 86 : spécial Richard Matheson (avril 2017)

Messagepar Pyjam » 27 avril 2017 à 11:24

Merci pour la longue réponse !
Avatar de l’utilisateur
Erwann
Modérateur
Messages : 8335
Enregistré le : 25 mai 2010 à 17:37
Localisation : Sol-3

Re: Bifrost n° 86 : spécial Richard Matheson (avril 2017)

Messagepar Erwann » 27 avril 2017 à 11:36

Thomas Day a écrit :Norman Spinrad a dit "un livre de SF c'est un livre où il y a marqué SF dessus" (je ne me souviens pas de la citation exacte)

Plus exactement, c'était : "Science fiction is anything published as science fiction."
Avatar de l’utilisateur
JDB
L'équipe du Bélial'
Messages : 1409
Enregistré le : 20 avril 2009 à 15:08
Contact :

Re: Bifrost n° 86 : spécial Richard Matheson (avril 2017)

Messagepar JDB » 27 avril 2017 à 14:38

Une pièce à verser au dossier ici.
JDB
“Pourquoi le visage qui est le mien, tel que vous le voyez, ne serait-il pas un simple masque ?”
Avatar de l’utilisateur
Rémi
Patrouilleur temporaire
Messages : 10
Enregistré le : 12 mai 2015 à 13:15
Localisation : Bar le Duc
Contact :

Re: Bifrost n° 86 : spécial Richard Matheson (avril 2017)

Messagepar Rémi » 27 avril 2017 à 16:59

Bonjour l'équipe du Belial,

1 / Pour parler du "débat", même si je suis pas certain de sa pertinence. En librairie, la SFFF est moins présente, tout simplement parcequ'elle se vend nettement moins. Je suis librairie indépendant généraliste, et je garde un fonds riche dans ces genres parce que ce sont mes goûts et ma posture militante, mais certainement pas pour le tiroir-caisse. La discrétion de la SF en librairie n'est que le reflet de la marginalité du lectorat (car oui, "nous" sommes des marginaux!!!).
Par contre, je crois quand même que si le segment pâtit de quelque chose, c'est davantage de la politique éditoriale de certains de vos confrères (Br.. et Mn...) qui sortent régulièrement des trucs hors-de-prix, sur du papier pourri et fragile, derrière une couverture vite fait. Et je ne parle pas des séries qu'ils ne finissent pas... Au bout d'un moment, le lecteur comprend qu'on le prend pour un jambon.

Et c'est le type qui tient le tiroir-caisse qui vous le dit.


2 / Pour en revenir à la revue, la nouvelle de Genefort est vraiment chouette. Je trouve que ces pérégrinations dans Omale, c'est ce qu'il fait de mieux. C'est fou ce que cet univers est riche. On sent qu'il est très loin d'en avoir tout exploré.
Celle de Matheson est top aussi dans sa mise en scène glauque et dérangeante. Ca m'a fait penser à un texte pas connu du tout, qui s'appelle "Vie et mort de Katie Olson" de James Garner, que j'aime d'amour.

Pour le reste, le cahier critique est au top. Le coin des revues, je me délecte toujours autant des enthousiasmes et des saillies un peu vachardes (utiliser la critique de Géante Rouge pour envoyer un SCUD perfide à Star Wars, moi je trouve ça carrément cool). Le dossier Matheson, me laisse plus de marbre... parceque je n'aime pas trop Matheson etpisc'estout.

Bref, bon courage pour la suite, et merci pour la qualité de votre travail.

Rémi
Avatar de l’utilisateur
JDB
L'équipe du Bélial'
Messages : 1409
Enregistré le : 20 avril 2009 à 15:08
Contact :

Re: Bifrost n° 86 : spécial Richard Matheson (avril 2017)

Messagepar JDB » 28 avril 2017 à 15:04

Acheté aujourd'hui. En rentrant, je trouve dans ma boîte aux lettres un SP de Crash, le recueil d'Alex Jestaire au Diable vauvert, critiqué par Claude Ecken dans ce numéro (le Diable continue à m'envoyer quelques SP alors que je ne rédige plus de critiques ni ne suis juré d'aucun prix).
Brève secousse chronolytique en voyant l'achevé d'imprimer. Il y a de ces coquilles...
JDB
“Pourquoi le visage qui est le mien, tel que vous le voyez, ne serait-il pas un simple masque ?”
captain penobo
Patrouilleur temporel
Messages : 93
Enregistré le : 22 octobre 2015 à 11:27

Re: Bifrost n° 86 : spécial Richard Matheson (avril 2017)

Messagepar captain penobo » 29 avril 2017 à 11:39

j'apprécie les réactions et commentaires de tous en réaction à l'édito du dernier BIFROST. Vos avis sont vraiment intéressants et éclairants.
3 petites remarques dans le désordre
d'abord un grand bravo à l'équipe rédactionnelle du dossier sur R.MATHESON, un écrivain dont je n'avais lu que "je suis une légende" il y a pas mal d'années. Pour le coup j'ai commandé chez mon libraire et réceptionné le pavé omnibus chez lunes 'd'encre "légendes de la nuit" ! (et vlan, 30€ de chiffres d'affaires pour G.DUMAY !)
ensuite toujours sur les commentaires récents de G.DUMAY sur l'évolution du lecteur SF ces dernières décennies, je me suis totalement reconnu dans celui des années 70 - lecteur exclusif SF avec ouverture sur le polar - Aujourd'hui c'est encore majoritairement le cas avec en sus la lecture d'oeuvres US, je pense à l'excellente collection terres d'amérique. Je termine la lecture "d'un seul parmi les vivants" de Joe SEALY, que du bonheur !
Par contre ce n''est pas demain la vieille que je C.ANGOT sera sur ma table de chevet, sauf bien sur si elle est publiée par LE BELIAL, hé ! hé !
y a t'il des lecteurs de BIFROST qui ont remarqué tout en bas de la dernière page du BIFROST, la recommandation innocente en petit lettrage pour le vote de la présidentielle ? C'est pas bien ça de donner une consigne de vote...
Avatar de l’utilisateur
JDB
L'équipe du Bélial'
Messages : 1409
Enregistré le : 20 avril 2009 à 15:08
Contact :

Re: Bifrost n° 86 : spécial Richard Matheson (avril 2017)

Messagepar JDB » 01 mai 2017 à 12:00

La coquille page 142! La honte...
JDB
“Pourquoi le visage qui est le mien, tel que vous le voyez, ne serait-il pas un simple masque ?”

Retourner vers « La revue Bifrost »