Lovecrafteries diverses et variées

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Nébal
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Dissecting Cthulhu

Messagepar Nébal » 22 juin 2016 à 17:58

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Lu Dissecting Cthulhu, anthologie critique concoctée par S.T. Joshi, reproduisant des articles essentiels initialement publiés, pour la plupart, dans les fanzines Lovecraft Studies et Crypt of Cthulhu.

C'est une très bonne mise au point sur l'évolution de la critique lovecraftienne à partir de la remise en cause de la notion de "Mythe de Cthulhu" dans les années 1970.

Hop : S.T. JOSHI (ed.), Dissecting Cthulhu
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Nébal
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Re: Lovecrafteries diverses et variées

Messagepar Nébal » 14 novembre 2016 à 21:28

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Lu A Weird Writer in Our Midst : Early Criticism of H.P. Lovecraft, compilé par l'inévitable ou presque S.T. Joshi.

Une somme de documents sur la réception de Lovecraft, de son vivant et (surtout ?) après sa mort, mais dans les années suivant immédiatement - celles des premiers volumes d'Arkham House. L'essentiel porte donc sur les années 1930 et 1940.

Alors c'est probablement à réserver aux acharnés, mais aussi très instructif - surtout dans l'optique de voir comment un "mythe" se construit...

Hop : S.T. JOSHI (ed.), A Weird Writer in Our Midst : Early Criticism of H.P. Lovecraft
zen arcade
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Re: Lovecrafteries diverses et variées

Messagepar zen arcade » 28 septembre 2017 à 09:01

Faute d'endroit plus approprié (à ma connaissance) sur ce forum, je me permets de copier-coller ici une partie d'un message de nebal sur le thread Clark Ashton Smith :

"Note, je peux comprendre cette réaction de colère face à une nouvelle trad qui ne serait pas à la hauteur des précédentes, alors que c'est pourtant le propos - en matière de lovecrafteries, guère éloignée, je peste sans doute avec des mots aussi durs et autant d'implication personnelle contre les bêtises de François Bon."


En vue de prochaines relectures lovecraftiennes, je me demandais justement ce que pouvaient bien valoir les traductions de François Bon.
Si tu pouvais m'éclairer sur ce que tu leur reproches, ça m'arrangerait bien.
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Re: Lovecrafteries diverses et variées

Messagepar Albumine Tagada » 28 septembre 2017 à 09:50

Nébal complètera sûrement derrière moi, mais tu as un très bon article qui compare les différentes traductions de Lovecraft (en s'attachant plus précisément à L'Appel...) dans la monographie "Au Cœur du cauchemar" parue chez ActuSF.
En gros, François Bon accumule les contresens, les transpositions pas toujours heureuses et les lourdeurs stylistiques. Mais bon, il passe à la radio ;)
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Neri Rossi
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Re: Lovecrafteries diverses et variées

Messagepar Neri Rossi » 28 septembre 2017 à 12:53

C'est toute la question de la traduction littérale... Personnellement, j'ai aimé le travail de Bon. Il faut croire que c'est une question de goût.
J'aime à penser que lorsque je lis une traduction, je lis un livre du traducteur qui interprète un auteur. On pourrait presque faire une comparaison à de la musique, mais je ne le ferai pas... Il y a le même question avec Poe (ou dans une autre langue, et un autre genre, Nietzsche).

Et tu peux facilement te faire ton avis en téléchargeant les oeuvres de Lovecraft en anglais. Eh ouais... J'ai mis du tentaculaire dans ma liseuse sans hésiter (l'erreur...), et l'avantage, avec son style un peu "gothique", c'est le dico intégré. Tu trouveras même des versions francophones sur divers plates-formes (mais niveau droit, je ne sais pas comment cela se passe, si c'est du domaine public canadien, de la piraterie providentielle, etc.). Sur le site de Bon, tu trouveras aussi des traductions en ligne. Comme ça, sans coût aucun, tu pourras te faire ton opinion. Il y a même sur le web, une oeuvre complète en un seul fichier epub qui traîne (en anglais donc).
De l'obscur nous émergeons.
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Re: Lovecrafteries diverses et variées

Messagepar rmd » 28 septembre 2017 à 13:35

Un exemple qu'a cité le camarade koko sur FB :

The Nameless City (HPL) : "When I came upon it in the ghastly stillness of unending sleep it looked at me, chilly from the rays of a cold moon amidst the desert’s heat. And as I returned its look I forgot my triumph at finding it, and stopped still with my camel to wait for the dawn."
La Cité sans nom (trad. Camus) : "Lorsque j'atteignis la cité, qui dormait de son sommeil éternel dans un calme spectral, j'eus l'impression qu'elle me regardait, glacée par les rayons d'une lune froide au milieu du désert brûlant. Et comme je lui rendais son regard, j'en oubliai de savourer le triomphe que me valut ma découverte, et arrêtai mon chameau pour attendre l'aube."
La Ville sans nom (trad. Bon) : "Et quand je me retournai s'évanouit la victoire de l'avoir trouvée, et j'immobilisai mon chameau jusqu'à l'arrivée de l'aube."
1 : une phrase oubliée (!)
2 : un contre-sens ("as I returned its look" => "quand je me retournai")
3 : une phrase incompréhensible ("je me retournais" => pourquoi ? vers où ? où regardai-je auparavant ?)
http://www.noosfere.org/
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Re: Lovecrafteries diverses et variées

Messagepar Herbefol » 28 septembre 2017 à 13:54

Si j'en crois Noosfere il y a trois autres traductions françaises de cette nouvelle. Y a de quoi occuper les masochistes de la comparaison un moment.
L'affaire Herbefol
Au sommaire : Moriarty de Newman, L'épée de la providence de Sapkowski, La Terre bleue de nos souvenirs de Reynolds, Toll the Hounds d'Erikson & Les cendres de la victoire de Weber.
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Nébal
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Re: Lovecrafteries diverses et variées

Messagepar Nébal » 28 septembre 2017 à 13:56

Mais ce n'est pas une question de "littéral" ou "pas littéral", pas davantage d' "interprétation", en l'espèce : on parle d'erreurs pures et simples, de contresens grotesques, de calques qui ne veulent rien dire, d'omissions délibérées façon traduction à la hache... Et si seulement c'était dans une belle langue ? Mais, généralement, ce n'est même pas le cas – et ça vire les effets de style de Lovecraft (parfois bien lourds certes, je ne prétends pas le contraire, mais ça fait partie du truc), sans jamais chercher de véritable équivalent de quelque sorte que ce soit.

L'article de Marie Perrier dans Lovecraft : au cœur du cauchemar est effectivement éloquent – et ce n'est pas un article à charge, son propos est de comparer la dizaine de traductions françaises de « L'Appel de Cthulhu », et aucune n'est à vrai dire parfaite ; elle se montre très pondérée concernant François Bon, dans le ton du moins, même en soulevant quantité d'erreurs à peine croyables – de sens, de registre, de langue, de références...

Allez, je cite un peu :

« Là aussi, le traducteur reste très proche de l'anglais. Trop proche, pour être honnête. Les calques, contresens, anglicismes, abondent : « to chant » est traduit par chanter plutôt que psalmodier. […] Les faux-amis sont les pires ennemis du traducteur qui rend « revelling in joy » par « révélant leur joie » (« revel » = se délecter, faire débauche) et « mania » par un peu naturel « manie psychiatrique ». « I half suspected the compiler of having asked leading questions » donne lieu, plutôt qu'à des « questions orientées », à des « questions suggestives » - l'adjectif est déplacé dans tous les sens du terme. Le bas-relief que retrouve le narrateur, au lieu de cinq pouces sur six, fait « cinq à six pouces de long ».

Les calques syntaxiques mettent régulièrement à mal le français lui-même : « he had found himself working » devient par exemple « il s'était trouvé lui-même à travailler ». Quand les lourdeurs syntaxiques s'adjoignent aux inexactitudes, ni le fond ni la forme ne peuvent être sauvés :

« The professor had been stricken whilst returning from the Newport boat ; falling suddenly, as witnesses said, after having been jostled by a nautical-looking negro who had come from one of the queer dark courts on the precipitous hillside which formed a short cut from the waterfront to the deceased's home in Williams Street. »

« On avait frappé le professeur alors qu'il revenait du bateau de Newport ; tombant brusquement, dit un témoin, après avoir été bousculé par un nègre déguisé en matelot, surgi d'une de ces sombres et louches ruelles de la colline abrupte débouchant sur le bord de mer au coin de Williams Street où habitait le défunt. »

La deuxième partie de la phrase, après le point-virgule, n'est pas grammaticale, puisque le calque du participe présent donne une proposition sans verbe conjugué ni sujet. Les témoins sont réduits au singulier ; rien n'indique dans l'original que le suspect soit déguisé, et non pas un vrai matelot (ce qui serait plus en accord avec ce qu'indique la fin de la nouvelle) ; les adjectifs placés devant le nom « ruelles » donnent un effet archaïsant qui jure avec le registre familier de « louches » et le domicile du défunt se retrouve sur le bord de mer, et non pas au sommet de la colline.

Dernier exemple malheureux : la réplique du sculpteur Wilcox, dont le narrateur nous dit qu'il s'agit d'un énoncé extraordinairement poétique (« a fantastically poetic cast »), au point que son oncle ait souhaité la reproduire au mot près – le discours direct est suffisamment rare chez Lovecraft pour que son importance soit évidente. A propos de l'étrange effigie qu'il a sculptée dans son sommeil, le personnage dit donc :

« It is new, indeed, for I made it last night in a dream of strange cities ; and dreams are older than brooding Tyre, or the contemplative Sphinx, or garden-girlded Babylon. »

Son alter ego à la voix française se révèle tristement prosaïque :

« Evidemment que c'est neuf, je l'ai faite la nuit dernière, mais à partir d'un rêve avec d'étranges cités ; et les rêves sont plus vieux que la ruine de Troie, ou ce que contemple le Sphinx, ou les terrasses de Babylon. »

Passons sur le fait que l'ancienne cité phénicienne de Tyr fasse place à la plus banale Troie. Et à une ruine unique qui fait peu rêver. Le rythme ternaire de la comparaison successive avec trois éléments mythologiques, chacun adorné d'un adjectif sophistiqué, ne survit pas à la traduction. La répétition de la conjonction « ou » choque en français plus qu'elle ne crée un rythme enlevé. Le jeu d'allitération de « garden-girlded », intraduisible sans doute, ne trouve aucune compensation. A titre de comparaison, on pouvait comme M. Le Dain faire une allusion poétique orientalisante (« Babylone aux mille jardins »), ou comme C. Gilbert proposer une simple métaphore (« Babylone ceinturée de jardins »).


Ceci, pour « L'Appel de Cthulhu » seulement – et ça fait déjà beaucoup. D'autant que seulement deux paragraphes (et même des extraits de paragraphes) ont été examinés ! Et, perso, le cas de la réplique de Wilcox me sidère à ce stade - le ton employé, misère...

[EDIT : ah ben je citais aussi le camarade Koko à ce moment-là, merci rmd !]

Et François Bon se pose en passionné – mais ça ne l'empêche pas de saloper le boulot. Et de commettre des erreurs dont je ne comprends tout simplement pas qu'elles puissent être le fait de passionnés (ou d'un traducteur simplement compétent, en fait). Mais rien qu'à rester dans le registre purement lovecraftien, ça coince : dans une nouvelle où Lovecraft fait allusion à Sarnath, il semblerait que Bon, m'a-t-on dit, a tourné la phrase de telle manière que Sarnath désignait un homme... quand quiconque a un peu lu Lovecraft sait qu'il s'agit d'une ville.

Franchement, que des trucs bâclés comme ça constituent les éditions les plus facilement accessibles ou populaires en France, ça m'énerve pas mal...
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Neri Rossi
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Re: Lovecrafteries diverses et variées

Messagepar Neri Rossi » 28 septembre 2017 à 14:26

Parmi toutes les versions, que conseilles-tu en français alors ? Il est difficile de faire découvrir Lovecraft en anglais (sa langue n'est pas des plus accessibles, mais perso, tout ceci me conforte dans ma décision de m'éreinter sur la version originale).
De l'obscur nous émergeons.
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Re: Lovecrafteries diverses et variées

Messagepar zen arcade » 28 septembre 2017 à 14:31

Ok, merci à tous pour les précisions.

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