Sondage de lectorat 2021 de l'Observatoire de l'Imaginaire

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JDB
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Re: Sondage de lectorat 2021 de l'Observatoire de l'Imaginaire

Messagepar JDB » 20 mai 2022 à 04:12

Weirdaholic a écrit :
JDB a écrit :Pour ne pas être désagréable, je me garderai de souligner que rares ont été les auteurs français à se démouniquer de la sorte (ou peut-être l'ont-ils fait trop tôt). Au débotté, je n'en vois que trois: Jean-Claude Dunyach, Mélanie Fazi et Michael Roch, ce dernier ayant peut-être trouvé la fenêtre de tir idéale--je lui souhaite bonne chance.


Est-ce que ce n'est pas lié aussi à la structure du milieu francophone vs anglophone ?

La majorité des auteurs et autrices anglophones ont des agent.e.s qui font les démarches de prospection à leur place, là où les francophones ne peuvent compter que sur leurs propres forces... et déjà qu'ils ou elles peuvent avoir du mal avec leur promotion dans leur pays d'origine...

Je n'ai pas étudié la question d'assez près pour donner une réponse étayée.
Je me contenterai donc de généralités.
Le gros problème, c'est qu'un editor anglophone ne refusera pas de lire la nouvelle d'un auteur français... à condition qu'elle ait été traduite en anglais. Ce qui exige un investissement de la part de l'auteur et/ou du traducteur (lequel se double parfois d'un agent littéraire).
J'ignore comment a procédé Michael Roch. Jean-Claude Dunyach connaît des traducteurs.trices français-->anglais et les paye de sa poche pour ensuite proposer ses textes. Mélanie Fazi, je crois, a bénéficié des services de Brian Stableford, qui a traduit certaines de ses nouvelles et a démarché les éditeurs.
Mais ces trois auteurs ont publié dans des revues ou anthologies pro ou semi-pro. Dans la mesure où cet aspect "publication" se réduit à une mise en ligne avec accès gratuit, cela lève pas mal de barrières (et, au passage, adieu le filtre éditorial). Reste à attirer les lecteurs, méfiants par essence, surtout en France ("si c'est gratuit, c'est vous le produit").
Mais je dis peut-être n'importe quoi, ne m'étant pas intéressé à la chose depuis des lustres. Lors de la convention d'Orléans, il y a deux ans, se tenait une table ronde sur le sujet durant laquelle, pour ce que je pouvais en juger, il a été dit beaucoup de conneries (ou alors c'est que les choses ont vraiment changé depuis mon jeune temps, m'en parlez pas mâme Gosseyn).
JDB
"Inusable (ou presque)", qu'il disait.
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Messagepar Weirdaholic » 20 mai 2022 à 09:06

JDB a écrit :
Weirdaholic a écrit :Mélanie Fazi, je crois, a bénéficié des services de Brian Stableford, qui a traduit certaines de ses nouvelles et a démarché les éditeurs.


Effectivement, je me souvenais de l'avoir lu quelque part.

Brian Stableford a aussi signé la préface du premier recueil de nouvelles de Catherine Doufour, donc j'imagine qu'il y a un intérêt de sa part pour les autrices françaises...

Peut-être que du coup il faut un double mouvement, d'exportation des auteurs / autrices francophones, et d'importation des critiques anglophones ?

Sinon, il y a un autre aspect du problème qui m'intrigue :

JDB a écrit :En effet (toujours selon Ashley, et si je l'ai bien lu), depuis grosso modo une vingtaine d'années, le développement de la publication numérique (sites web, blogs, ebooks, que sais-je encore) a donné à des auteurs négligés par l'édition mainstream de langue anglaise (LGBTQ, POC, etc) une visibilité dont ils n'avaient jamais bénéficié jusque-là et, mieux encore, un public dont personne ne se doutait de l'existence. Conséquence (pour citer Gilles Dumay dans son interview de Bifrost n° 100): la diversité a pris le pouvoir.


Il me semble que cette évolution est plus lente en France, mais là encore, je n'ai peut-être pas les bonnes informations pour en juger, je m'appuie juste sur un billet d'Eva D. Serves qui faisait peu ou prou ce constat pour l'aspect LGBTQIA - mais on pourrait s'interroger simplement sur l'aspect féministe, sachant que les éditeurs sont majoritairement masculins en France, sauf erreur de ma part.

JDB a écrit :Si bien qu'Ashley ressuscite l'étiquette bien oubliée de "speculative fiction".
Personnellement, je parlerais plutôt de "fabulation", terme avancé par Ursula K. Le Guin et ses épigones pour qualifier--grosso modo--la SF non-machiste, voire anti-machiste.


J'aime bien les deux termes ("speculative fiction" vient d'Harlan Ellison, autre auteur qui a fait bouger les lignes, ou du moins a essayé).

Bon, je sais, je fais dériver le sujet du thermomètre initial, mais pas tant que ça : la coupure SF / fantasy censé recouvrir la coupure homme / femme, c'est bien l'indication que la France est toujours binaire, non ? ^_^
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Re: Sondage de lectorat 2021 de l'Observatoire de l'Imaginaire

Messagepar Erion » 20 mai 2022 à 10:37

Weirdaholic a écrit :
Peut-être que du coup il faut un double mouvement, d'exportation des auteurs / autrices francophones, et d'importation des critiques anglophones ?


Est paru assez récemment sur le site de la SFWA un article de l'écrivain de SF brésilien Renan Bernardo sur les problèmes de la publication d'oeuvres non-anglophones aux USA : https://www.sfwa.org/2022/03/29/exophon ... s-journey/

Il n'y a pas que le problème de la traduction et de son coût, mais aussi que pour intéresser les éditeurs US, il faut écrire "à la manière US" et que cela désavantage les écrivains avec des particularités littéraires fortes (cf le réalisme magique sud-américain). Par exemple, il parle de la composition en 3 actes qui n'est pas utilisée aussi massivement dans la littérature brésilienne ou portugaise, ou l'exigence d'un protagoniste actif. Cela crée des distorsions dans les attentes et la réception de textes et finit par désavantager les écrivains étrangers qui peuvent avoir du succès chez eux, mais qui ne répondent pas aux critères US parce que leur tradition littéraire s'exprime différemment.
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Messagepar Weirdaholic » 20 mai 2022 à 11:30

Erion a écrit :Il n'y a pas que le problème de la traduction et de son coût, mais aussi que pour intéresser les éditeurs US, il faut écrire "à la manière US" et que cela désavantage les écrivains avec des particularités littéraires fortes (cf le réalisme magique sud-américain). Par exemple, il parle de la composition en 3 actes qui n'est pas utilisée aussi massivement dans la littérature brésilienne ou portugaise, ou l'exigence d'un protagoniste actif.


Ah, c'est très intéressant ! et ça soulève d'autres questions, sur l'intérêt de la mondialisation du "creative writing"...

Est-ce une bonne chose que des concepts comme la théorie du conflit central deviennent hégémoniques ? Raoul Ruiz aurait dit non... mais les écrivains qui s'y plient et sont traduits ne seraient peut-être pas d'accord.
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Re: Sondage de lectorat 2021 de l'Observatoire de l'Imaginaire

Messagepar Weirdaholic » 24 mai 2022 à 09:07

En repensant au truc, je me suis rendu compte que même avec des données chiffrées (nombres d'ouvrages de fantasy et de SF lus par les participant.e.s) on pourrait aboutir à des conclusions inexploitables, car paradoxales (à la Condorcet).

A titre d'exemple, considérez les 3 lectrices suivantes, qui lisent chacune 50 titres par an :

* Anne a lu 30 ouvrages de fantasy et 20 de science-fiction ;

* Beth a lu de même 30 ouvrages de fantasy et 20 de science-fiction ;

* Claire, elle, a lu 10 ouvrages de fantasy et 40 de science-fiction.

Les 2 propositions suivantes sont également vraies :

* deux tiers des femmes lisent plus de fantasy que de science-fiction (c'est le cas d'Anne et Beth, mais pas de Claire) ;

* en moyenne, les femmes lisent plus de science-fiction que de fantasy (ben oui, la super-lectrice constituée d'Anne, Beth et Claire a lu 20 + 20 + 40 = 80 ouvrages de science fiction, mais seulement 30 + 30 + 10 = 70 ouvrages de fantasy).

Evidemment, ce qui est vrai sur un échantillon restreint pourrait l'être sur un échantillon bien plus large... C'est la fameuse opposition médiane (ou quartile) et moyenne.

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