Ayerdhal crée sa maison d'édition numérique

PascalG
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Re: Ayerdhal crée sa maison d'édition numérique

Messagepar PascalG » 31 mai 2011 à 11:38

@ Caliban : comme je le craignais, avoir une discussion suivie, avec une intervention de ma part toutes les 36 heures ne va pas être simple... Mais donc :

Caliban a écrit :
pascal a écrit : Si ce que les gens doivent comprendre c'est : le numérique va enfin nous permettre de nous
débarrasser de ces connards de publishers, de diffuseurs, de distributeurs et de libraires qui
s'engraissent sur notre dos (ce que j'ai compris, mais sans doute à tort), alors désolé, de mon point
de vue, il y a erreur.
Je pense que c'est un peu plus subtil que ça. Ayerdhal constate que le passage au numérique
crée la possibilité de se passer d'une bonne partie de cette chaîne, et ouvre donc une possibilité
de réforme du modèle actuel, qui a de gros défauts ; selon lui, la fenêtre de négociation sera assez
brêve, quelques années au plus, et se refermera dès que la question des droits numériques,
aujourd'hui largement ouverte, aura été résolue à la satisfaction des grands groupes éditoriaux.
D'où le message de base, qu'il martèle au début de son intervention : « auteurs, ne signez pas
n'importe quoi, ne renoncez pas bêtement à tous vos droits numériques ». Le reste relève
largement de la polémique.

Eh oui, mais malheureusement, comme le dit très bien Clément dans un de ses derniers messages, tous les arguments un tant soit peu intéressants que pouvait développer Yal sont passés à la trappe à cause de ces saillies polémiques. Sur les 80 (plus ? moins ?) personnes qui étaient dans la salle, combien étaient des auteurs ? Eux auront compris. Mais le public non averti, qu'aura-t-il retenu et compris ?

Caliban a écrit :
pascal a écrit : À moins que la forme ne soit pas celle que le message requerrait ?
La forme est celle d'une gueulante de de Yal. Pour ceux qui préfèrent une exposition plus carrée,
Dunyach raconte régulièrement à peu près la même chose, en termes plus choisis. Sans être très
audible.

Au risque de ne pas se concentrer sur les vrais problèmes ? Un peu dommage. Le message de Jean-Claude, ci-dessus, est très clair et devrait être compris par tout le monde, sans polémique, et ne me pose aucun problème. Il résume parfaitement ce que voulait dire Yal (enfin, je suppose). Je ne suis pas sûr pour autant que le public non averti ait compris cela, encore une fois.

Caliban a écrit :Je ne dispose pas de ces chiffres et j'ai pris ceux de Yal à leur valeur faciale, même s'ils m'ont
effectivement un peu surpris.

Pour autant, pour fréquenter pas mal les librairies et y laisser quelques sous, je reste convaincu
que la proportion de livres achetés après un réel travail de conseil par un libraire est sans commune
mesure avec l'importance de cette figure dans le discours de la corporation. Ce service là mérite
d'être rémunéré, mais je persiste à considérer qu'il devient marginal, qu'on parle de pour-mille
ou de pour-cent (au besoin, on pourrait d'ailleurs l'envisager comme un service public, au même
titre que les bibliothèques)

Je ne suis pas très doué pour les chiffres, mais il me semble que le poids des librairies traditionnelles est à peine inférieur à celui des chaînes spécialisées dans les ventes de Folio SF. C'est probablement moins vrai pour Le Livre de Poche (et donc, pour Ayerdhal), mais pas à ce point (300/120.000).

Bon, et pour le SMIC, ce n'est pas le débat, mais j'ai eu un ou deux mails de libraires, depuis hier. Je ne vais (peux) pas les citer, mais relever quelques mots : "passion", "culture générale", "j'aime mon métier", "défendre les livres que j'aime" et "SMIC". Contrairement à ce que tu laisses entendre, on peut être très intelligent (plus que je ne le suis), très éduqué (plus que je ne le suis), très passionné (plus que je ne le suis), très efficace pour défendre des livres (je connais des libraires, indépendants ou pas, qui, à eux seuls, ont réalisé plus de 10% des ventes d'un seul livre) et n'être payé qu'au SMIC pendant des années. Mais encore une fois, ce n'est pas le débat. Parlons des vrais problèmes que soulèvent Yal et Jean-Claude.
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Re: Ayerdhal crée sa maison d'édition numérique

Messagepar Erion » 31 mai 2011 à 12:22

pascal a écrit :Eh oui, mais malheureusement, comme le dit très bien Clément dans un de ses derniers messages, tous les arguments un tant soit peu intéressants que pouvait développer Yal sont passés à la trappe à cause de ces saillies polémiques. Sur les 80 (plus ? moins ?) personnes qui étaient dans la salle, combien étaient des auteurs ? Eux auront compris. Mais le public non averti, qu'aura-t-il retenu et compris ?
(...)
Au risque de ne pas se concentrer sur les vrais problèmes ? Un peu dommage. Le message de Jean-Claude, ci-dessus, est très clair et devrait être compris par tout le monde, sans polémique, et ne me pose aucun problème. Il résume parfaitement ce que voulait dire Yal (enfin, je suppose). Je ne suis pas sûr pour autant que le public non averti ait compris cela, encore une fois.


Je n'avais pas l'intention d'intervenir, mais là, Pascal, tu exagères.
Ce qu'a dit Jean-Claude, c'est globalement ce qu'il a dit en intervenant à la table ronde, après Yal. Et même Yal a dit cela lors de son intervention. Sans doute que tes oreilles ont tellement chauffé que tu n'as plus écouté ensuite, mais tout cela a été dit.

Enfin, oui, les arguments de Yal étaient en direction des auteurs. Ce sont eux qui sont directement concernés par ce qui se passe. Le public des lecteurs de livres numériques, quand il n'achète pas l'offre légale, il se sert chez les teams de piratage. Pendant ce temps, le SNE et la SGDL n'arrivent pas à se mettre d'accord sur les termes d'un contrat du numérique qui soit avantageux pour tous les acteurs et assez souple pour s'adapter aux évolutions.
Quand les auteurs veulent discuter calmement avec les éditeurs, ces derniers tergiversent, discutaillent et comptent sur la lassitude pour faire passer leurs intérêts. Ce que Yal dit (mais surtout, surtout, ce que des acteurs importants du numérique comme Publie.net, dit), c'est qu'on ne peut plus attendre, qu'il faut agir maintenant, parce que tout va se casser d'un coup. La transition aurait pu être douce, permettant de faire collaborer auteurs, éditeurs et libraires, mais les éditeurs ne veulent rien faire, dans l'ensemble, et les gros acteurs que sont Amazon, Google et Apple ont une avance considérable.
Alors oui, la méthode de Yal est brutale, mais les circonstances sont graves pour les auteurs et pour les éditeurs indépendants (quand il en reste).
Je comprends très bien que le projet de Yal met directement en danger l'équilibre de certaines collections et de certains éditeurs, mais il se peut que, tout simplement, cet équilibre soit une anomalie qui ne peut survivre à l'ère numérique. Je ne vois pas pourquoi les auteurs laisseraient subsister une telle situation qui non seulement les fragilise, mais qui les écarte d'un processus très important.
Comme le note François Bon dans son texte sur l'édition en danger (que toute personne intéressée par l'édition numérique devrait lire avant de parler de quoi que ce soit), en l'état actuel, le ticket d'entrée pour avoir une place dans le monde numérique du livre est d'un coût faible. Ce n'est pas quand il sera prohibitif qu'il faudra s'y lancer.
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Re: Ayerdhal crée sa maison d'édition numérique

Messagepar Caliban » 31 mai 2011 à 12:55

Clément a écrit :N'oublions pas que le seul propos de la loi Lang, c'est de permettre à l'éditeur de fixer lui-même
ses prix, plutôt que les libraires, c'est un outil pour les éditeurs.
Je ne comprends pas cet argument. Un fournisseur est toujours libre de fixer son prix de vente à
ses partenaires ; en quoi le prix final payé par le lecteur de base le concerne-t-il ? (sauf en VPC...
mais là, justement, il ne lui est pas permis de fixer son prix, de lui accorder une remise réservée
aux libraires !)


pascal a écrit :Je ne suis pas très doué pour les chiffres, mais il me semble que le poids des librairies
traditionnelles est à peine inférieur à celui des chaînes spécialisées dans les ventes de Folio SF.

Qu'entends-tu par "chaîne spécialisée" ? FNAC et consorts ? Pour un poche, quelle est la part des
grandes surfaces non spécialisées (Carrefour, etc.) ?
Mais plus précisément, puisqu'Olivier relevait que Yal parlait de bouquins relativement datant
d'une paire d'années au moins, quelle est la part des librairies indépendantes dans le flux des Folio,
hors nouveautés ?

En ce qui me concerne, pour un poche remontant à quelques années, mon réflexe serait de
le commander sur Amazon, pour le recevoir dans les deux jours, plutôt que de devoir me déplacer
deux fois dans une librairie pour l'avoir en huit, pour (un peu) plus cher...

C'est d'ailleurs la raison pour laquelle je m'abstiens de parler de "librairie traditionnelle". Pour moi,
l'expression décrit un endroit où l'on vend de bons livres, récents ou pas, que je peux découvrir
en errant au hasard des rayons ; la majorité des librairies actuelles, y compris des meilleures,
me semblent se réduire à un côté "primeur" plutôt que "traditionnel" — or, justement, les nouveautés,
j'en entends le plus souvent parler sur internet , et je n'ai pas besoin d'eux pour les découvrir...

pascal a écrit : Contrairement à ce que tu laisses entendre, on peut être très intelligent, très éduqué,
très passionné, très efficace pour défendre des livres (je connais des libraires, indépendants
ou pas, qui, à eux seuls, ont réalisé plus de 10% des ventes d'un seul livre) et n'être payé qu'au
SMIC pendant des années.

Je ne dis pas le contraire, et je ne tiens certainement pas le revenu pour un critère d'évaluation
du niveau culturel ou intellectuel (sinon, les footballeurs seraient tous prix Nobel !). Il y a des tas
de libraires dont la situation est difficile et, comme le rappelait Gilles, il y a de bonnes chances
qu'une part significative de la profession se retrouve au chômage d'ici quelques années.

On peut se sentir solidaire et chercher des solutions, mais il n'y a pas plus de droit imprescriptible
à gagner sa vie comme libraire que comme auteur (et si l'on va par là, on trouvera plus de cas-limite
susceptibles de faire pleurer dans les chaumières chez ces derniers..). Et dans les deux cas,
quelqu'un de très intelligent, très éduqué très passionné et très efficace a de bonnes chances
d'émerger rapidement s'il souhaite s'en donner les moyens. Simplement, ce n'est pas une priorité
pour tous (je ne suis même pas sûr qu'il n'y ait pas d'anticorrélation...)

Quoi qu'il en soit, le débat porte moins sur des cas particuliers, ou sur la répartition des bénéfices
au sein de chaque corporation, que de leur répartition entre les différents maillons de la chaîne
— en l'occurrence, sur le fait de rémunérer décemment les auteurs ou pas, et sur l'analyse
des conséquences des différents modèles sur cette rémunération.
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Re: Ayerdhal crée sa maison d'édition numérique

Messagepar Isa » 31 mai 2011 à 13:03

Erion a écrit : la méthode de Yal est brutale


Je ne pense pas que ce soit la "méthode" le problème. Les réactions les moins favorables à cette initiative sont de l'ordre du wait and see, ce qui paraît tout à fait raisonnable. Ce qui a bloqué pas mal de gens c'est le langage. Des termes comme "marchands d'armes" concernant les éditeurs, par exemple. Quand on est dans le système, quand on sait dans quelle maison publie Ayerdhal et quand on connaît les dividendes versés aux actionnaires de la FNAC (c'est peut-être plus ça le problème que le salaire de smicard du vendeur), on comprend la colère de l'auteur. Mais cette colère exprimée aveuglément tend à faire passer tous les éditeurs pour des escrocs et tous les libraires pour des glandeurs qui gagnent plus que l'auteur pour rien.
Ce n'était à mon avis pas du tout le but (il suffit d'écouter le passage où il explique que des éditeurs plus petits se sont montrés plus intelligents pour le percevoir), mais il est naturel que les éditeurs et les libraires réagissent vivement. Surtout ceux qui sont ici (et ceux qui commentent en général) parce que ce sont ceux qui se passionnent pour leur métier et méritent d'en récolter les fruits.
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Re: Ayerdhal crée sa maison d'édition numérique

Messagepar Thomas Geha » 31 mai 2011 à 14:53

Suis assez d'accord avec Isa ; chez Yal, c'est une question de langage, de proportions, et d'amalgames. Le poids des mots, le choc des photos en quelque sorte...
J'en reviens aux libraires : je ne crois pas que Yal hait les libraires, je crois qu'il hait les financiers, ceux à qui appartiennent les librairies, comme pour les éditeurs, ceux à qui appartiennent les maisons d'édition... et qui soit ne mettent jamais les pieds en librairie, soit ne s'intéressent même plus à ce que publient leurs maisons... effectivement il y aurait des choses à redire là-dessus, et le coup de gueule de Yal n'est pas immérité.
(édité)
Quant au numérique, les libraires de premier niveau ne s'y impliqueront que peu ou pas avant un bon moment, ils n'en ont pas le temps humain ; les grands groupes s'en chargent donc, mais vu comment ils fonctionnent en règle générale, il ne faut pas s'étonner de constater des résultats médiocres.

enfin bref, sur le reste, bon débat à vous. J'ai mal au crâne.
Thomas
Modifié en dernier par Thomas Geha le 08 juin 2011 à 09:15, modifié 1 fois.
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Re: Ayerdhal crée sa maison d'édition numérique

Messagepar Caliban » 31 mai 2011 à 15:26

Isa a écrit :Ce qui a bloqué pas mal de gens c'est le langage. Des termes comme "marchands d'armes"
concernant les éditeurs, par exemple.
Thomas Geha a écrit :Suis assez d'accord avec Isa ; chez Yal, c'est une question de langage, de proportions,
et d'amalgames.
D'un autre côté, le poids de Lagardère ou de Dassault dans l'édition, la presse et la diffusion
sont une réalité, et un problème qu'il faut bien pouvoir rappeler aussi de temps en temps.
S'il y a amalgame avec des éditeurs indépendants, ce n'est pas Yal qui le fait.

Thomas Geha a écrit :Mais, quand même, ça fait mal au cul de lire que les libraires se nourrissent
et s'engraissent sur le dos des auteurs, parce que ce n'est pas vrai, évidemment.

Pour le coup, c'est toi qui pratiques l'amalgame.

En ce qui concerne la librairie "papier", dont parle ton message, où as-tu lu quoi que ce soit
de ce genre, qui le dit ?

Ce que dit Yal, pour ce que j'en comprends, c'est que les auteurs ne doivent rien aux libraires,
a priori (qu'ils prennent a posteriori une commission sur chaque vente, c'est très naturel,
mais c'est une autre affaire). Ca marche évidemment dans les deux sens : le système ne peut
fonctionner harmonieusement que si tout le monde y trouve son intérêt.

Mais son intervention portait sur le numérique :
Thomas Geha a écrit : les libraires de premier niveau ne s'y impliqueront que peu ou pas avant un bon moment,
ils n'en ont pas le temps humain

Alors, pourquoi en faire un drame ?
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Re: Ayerdhal crée sa maison d'édition numérique

Messagepar Thomas Geha » 31 mai 2011 à 16:04

Caliban, c'est vrai que je répondais plus à l'intervention de début de fil de Pascal concernant les libraires ; et oui, à l'écoute de la table ronde, il y a bien un amalgame, et non, jamais les libraires "papier" ne sont épargnés. Les intervenants ne parlent pas que du circuit numérique.
Sur le numérique, d'ailleurs, je partage beaucoup des idées de Yal. Ma principale conviction étant que le marché numérique ne doit effectivement pas passer par les diffuseurs/distributeurs habituels de l'édition papier qui sont un intermédiaire inutile et parasite.
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Re: Ayerdhal crée sa maison d'édition numérique

Messagepar Sybille » 31 mai 2011 à 19:29

...
Modifié en dernier par Sybille le 31 mai 2011 à 22:23, modifié 1 fois.
linfar
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Re: Ayerdhal crée sa maison d'édition numérique

Messagepar linfar » 31 mai 2011 à 20:36

Sybille a écrit :A 25 €, tu achètes si tu es "sûr", si tous tes copains t'ont dit que c'était génial. A 5 € ou moins, tu vas laisser sa chance à n'importe quel titre dont un vague contact FB a pu te causer.


Non, désolé. En tant que lecteur (appelons moi lecteur moyen, qui ai un budget normal), je n'achète que suis je suis sûr, dans tous les cas. Et ceci, au vu des sorties actuelles, de la masse énorme de ce qui peut atteindre ma PAL. Je veux bien me procurer "n'importe quel titre" pour voir, mais ce sera à partir de 0 €, fourchette haute.
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ubikD
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Re: Ayerdhal crée sa maison d'édition numérique

Messagepar ubikD » 31 mai 2011 à 21:09

Mon temps est compté. Je ne vais pas me fader un tombereau de merde parce qu'il coûte 5 euros.

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