De l'art de la critique...

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Jean-Claude Dunyach
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Re: De l'art de la critique...

Messagepar Jean-Claude Dunyach » 22 octobre 2014 à 20:41

Olivier Girard a écrit :... si Jean-Claude Dunyach n'en écrit plus ou presque non plus, c'est certainement pas pour une question d'argent, lui qui n'est pas auteur professionnel.


Ca fait deux conneries dans une phrase, Olivier. Ca fait beaucoup...

Précisons : je suis un auteur professionnel, puisque mes livres (et la plupart de mes textes) sont publiés professionnellement. Je ne vis pas de mon écriture, certes, mais de là à me dénier le statut de professionnel, il y a un gros pas. Que je ne suis pas content de te voir franchir...

Précisions aussi : cette année (disons les 12 derniers mois) j'ai écrit 9 nouvelles, dont 4 novellas. C'est une espèce de record pour moi (ma moyenne est à 4 ou 5 par an). Elles seront publiées dans mon prochain recueil à l'Atalante, en Mars (L'instinct du Troll, ce sont des novellas enchaînées avec les mêmes personnages), dans un projet encore secret qui sortira le 3 novembre et sur lequel j'aurai le plaisir de m'étendre bientôt, sur le blog de la librairie BéDéCiné, voire même dans les pages d'une revue concurrente (celle que tu m'as refusée et qui avait été écrite dans le contexte du projet secret mentionné plus haut), etc. Tu as parlé sans savoir.

Personnellement, je lis beaucoup de nouvelles dans des revues, des anthologies, des recueils (le dernier Mélanie Fazi contient quelques perles de la plus belle eau). Je partage en partie le sentiment de Gilles, mais je le compense aussi en variant mes supports de lecture. Il existe tout un microcosme éditorial à l'écart des revues bien installées comme Bifrost, dans lequel on trouve parfois des perles.
Ce qui fait défaut, par contre, ce sont des éditeurs prêts à faire retravailler les textes courts. Là effectivement, je ressens un manque.
Et, comme beaucoup, j'espère le retour d'Angle Mort. Des discussions à la Mondiale de Londres me donnent bon espoir.

Je vous poutoune,
Je compte pour un. Comme chacun de vous.

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Re: De l'art de la critique...

Messagepar Caliban » 22 octobre 2014 à 22:00

Léo a écrit :
Caliban a écrit :le milieu SF (...) semble ces temps-ci non s'accommoder fort bien des tentations de
mainmise politiquement correctes, sur les questions de genre, par exemple.

Tant qu'on est dans le thread qui fâche, je veux bien quelques lumières sur ce dernier point.

En l'occurrence, à la WorldCon de Londres, thématique très présente dans les débats,
en plus d'un "track" dédié, donc en permanence, sur quatre jours, au moins une table
ronde sur la question du genre/des femmes/des minorités/de la bienséance dans les
rapports entre les sexes ; recherche quasi-systématique de la parité dans les panels,
y compris parfois en y collant des filles d'un niveau sans commune mesure avec celui
des hommes du panel, etc. Mais je n'ai pas entendu une idée nouvelle à ce propos,
alors même que, il n'y a pas si longtemps, la SF était à la pointe des spéculations
sur ces questions et leurs conséquences sociales, morales, philosophiques, techniques...

C'est visiblement devenu une préoccupation majeure du fandom US — ce dont on trouve
d'ailleurs un écho direct, par exemple, sur Whatever, le blog de John Scalzi,
encore très récemment président de la SFWA, et qui y a consacré une bonne part de son
mandat, avec exclusion d'intervenants politiquement incorrects à la clef.

Je constate en outre que cette évolution, qui me fatigue d'avance, va de pair avec
un décentrement des thématiques traditionnelles de la SF, à commencer par le lien
entre science et fiction. Il y avait à Londres de très nombreuses tables rondes
sur des thématiques scientifiques — mais on était le plus souvent dans la vulgarisation
(parfois excellente, d'ailleurs !), donc la mise à distance, plus dans l'aventure
partagée, que j'aimais à trouver dans le fandom.

J'ajoute que certains des intervenants les plus passionnants que j'ai entendus
à Londres étaient des femmes, de Farah Mendlesohn à Mary-Robinette Kowal en
passant par Connie Willis ; mais elles brillaient par leur talent, non par je ne
sais quelle posture militante...
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Re: De l'art de la critique...

Messagepar Sybille » 23 octobre 2014 à 06:46

J'avoue qu'il y a un raccourci qui me laisse pour le moins septique : veiller à la parité et à une meilleure représentation des genres n'a aucun lien (en bien ou en mal) avec le manque d'ambitions des auteurs.
Le cerveau humain n'est pas monotâche.

Cela dit, j'ai peine à démordre de l'idée que le seul vrai problème de la nouvelle, actuellement, c'est simplement le débouché : est-ce le lecteur qui est fautif ? L'absence d'ambition des éditeurs ?

En tout cas, je ne peux que renouveler mon invitation à profiter qu'on ait désormais un festival de la nouvelle SFFF pour s'en servir de tribune, voire de départ d'expérimentations.
Idées de conférences, de tables rondes, d'intervention, de démonstration... toutes les bonnes idées seront les bienvenues.
Après, question engagement envers la SF, je ne saurais faire mieux ;)
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Re: De l'art de la critique...

Messagepar Xavier Maumejean » 23 octobre 2014 à 08:57

Si être auteur professionnel c'est vivoter du CNL, des cachetons en interventions scolaires ou dépendre du conjoint qui travaille dans la fonction publique, cela ne laisse plus beaucoup d'auteurs professionnels.
Ce n'est pas mon cas, et je me considère comme auteur professionnel.
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Thomas Day
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Re: De l'art de la critique...

Messagepar Thomas Day » 23 octobre 2014 à 09:04

Sybille a écrit :Cela dit, j'ai peine à démordre de l'idée que le seul vrai problème de la nouvelle, actuellement, c'est simplement le débouché : est-ce le lecteur qui est fautif ? L'absence d'ambition des éditeurs ?


Des débouchés, il y en a plein : revues, anthologies, recueils, ça n'arrête pas. Il suffit de lister le nombre d'anthologies (de manifestations et autres) qui sortent chaque année.
Après, si on parle de débouchés qui "payent" (et qui respectent le droit d'auteur, parce qu'il y a beaucoup à dire sur certains appels à textes fantaisistes), là c'est sûr qu'il y en a moins. Mais je suis bien placé pour savoir qu'il y en a (plusieurs, chaque année).

Et puis faire un lien "nombre de débouchés / qualité des nouvelles", c'est assez étrange (je vois le cheminement qui amène à ça, le découragement possible, etc, mais je ne l'accepte pas). En sus des périodiques, il y a des projets éditoriaux intéressants tous les ans. Et quand tu débutes, t'en veux, ou alors tu te lances pas. Ou... t'en veux pas assez. Et tout est dit.

Je ne vais pas citer de noms ici, mais je discute (actuellement) avec plusieurs jeunes auteurs qui en veulent, qui me proposent des trucs, qui reviennent à la charge après deux, trois refus. Et tout le temps (toute l'année, c'est mon métier), je lis de nouveaux auteurs que je trouve intéressants, que j'essaye de faire bosser ou que j'aiguille ailleurs. J'ai aidé encore très récemment un auteur à publier son premier roman que je ne trouvais pas adapté à Lunes d'encre.

Ce dont personne ne veut parler (j'ai bien compris), c'est du travail réel que nécessite une nouvelle, du travail de recherches, de l'engagement que ça demande, etc. Alors toutes les nouvelles ne demande pas du travail de recherches, mais si on lit de la science-fiction, à un moment c'est pour aller "ailleurs", "demain", dans "un autre hier".

Et j'assume : ce ne sont pas les éditeurs qui manquent d'ambition actuellement.

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dracosolis
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Re: De l'art de la critique...

Messagepar dracosolis » 23 octobre 2014 à 09:45

Caliban a écrit :
Léo a écrit :
Caliban a écrit :le milieu SF (...) semble ces temps-ci non s'accommoder fort bien des tentations de
mainmise politiquement correctes, sur les questions de genre, par exemple.

Tant qu'on est dans le thread qui fâche, je veux bien quelques lumières sur ce dernier point.

En l'occurrence, à la WorldCon de Londres, thématique très présente dans les débats,
en plus d'un "track" dédié, donc en permanence, sur quatre jours, au moins une table
ronde sur la question du genre/des femmes/des minorités/de la bienséance dans les
rapports entre les sexes ; recherche quasi-systématique de la parité dans les panels,
y compris parfois en y collant des filles d'un niveau sans commune mesure avec celui
des hommes du panel, etc. Mais je n'ai pas entendu une idée nouvelle à ce propos,
alors même que, il n'y a pas si longtemps, la SF était à la pointe des spéculations
sur ces questions et leurs conséquences sociales, morales, philosophiques, techniques...

C'est visiblement devenu une préoccupation majeure du fandom US — ce dont on trouve
d'ailleurs un écho direct, par exemple, sur Whatever, le blog de John Scalzi,
encore très récemment président de la SFWA, et qui y a consacré une bonne part de son
mandat, avec exclusion d'intervenants politiquement incorrects à la clef.

Je constate en outre que cette évolution, qui me fatigue d'avance, va de pair avec
un décentrement des thématiques traditionnelles de la SF, à commencer par le lien
entre science et fiction. Il y avait à Londres de très nombreuses tables rondes
sur des thématiques scientifiques — mais on était le plus souvent dans la vulgarisation
(parfois excellente, d'ailleurs !), donc la mise à distance, plus dans l'aventure
partagée, que j'aimais à trouver dans le fandom.

J'ajoute que certains des intervenants les plus passionnants que j'ai entendus
à Londres étaient des femmes, de Farah Mendlesohn à Mary-Robinette Kowal en
passant par Connie Willis ; mais elles brillaient par leur talent, non par je ne
sais quelle posture militante...

résumé de l'intervention de Cal chou ^^ :
"Tout ça c'est la faute des féministes" elles virent la science de la sf !
(On nous l'avait pas encore faite, celle-là)^^
J'avais pas eu ce sentiment moi la sfiste féministe et positiviste (bien que couronnée par Gilles de la palme du pire^^)(enfin, osef, apparemment comme je crève pas de faim dans mon coin et que je suis pas obligée de mendier auprès des éditeurs, je suis pas un vrai auteur, d'ailleurs si je crevais de faim j'écrirais plus et mieux) d'exclure la science de mon discours.
c'est vrai qu'entre autres sciences, la politique et la sociologie n'ont jamais été l'objet de la SF et que c'est "politiquement correct" de parler du genre.
Ursula Le Guin va bien, Cal Chou ? Et Varley ? Il est parti à la pêche ?
C'est évident qu'une prise de position politique est forcément une posture, pas une... prise de position politique ET littéraire.
D'ailleurs tout le monde sait que la littérature n'a rien à voir avec la politique, Hugo aurait applaudi. Heinlein aussi. Sans parler de Banks dont la Culture a tout à voir avec les sciences dures et rien avec la politique.
C'est amusant tu sais, mais l'argument "vous voulez du politiquement correct" ce sont aussi les arguments de Zemmour, ça devrait quand même te titiller un peu.
Que dans le milieu anglo saxon on aille vers les exclusions pour désaccord politique est sans doute un peu forcé, (encore que tu passes sous silence les histoires pas piquées des hannetons de harcèlement sexuel, mais c'est sans doute si anecdotique qu'on ne doit pas en parler de peur de salir la femme de César) mais chaque fois qu'on ramène ce qui se passe dans le fandom SF anglo pour parler du nôtre ça me fait doucement rigoler, j'avoue.
(Eh oui Donna Haraway est un peu dingo, mais elle écrit des bidules intéressants^^)
brefle ma conclusion est : le discours sur le genre n'est qu'un élément potentiel de la littérature de SF actuelle, il doit d'ailleurs l'être parce que c'est l'un des courants puissants qui agitent notre monde, mais l'accuser de reléguer le reste (en tout cas en France) au fond du panier est un poil gonflé, je te le dis tout net.
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Re: De l'art de la critique...

Messagepar Léo Henry » 23 octobre 2014 à 10:25

Merci en tout cas à Caliban pour les liens et infos précises, même si je ne partage pas l'analyse. Un petit tour dans google autour de "convention harassment" débouche sur de pleines pages de liens permettant d'un peu tempérer la posture très radicale de Scalzi. Heureusement, tout ça ne nous concerne pas.
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Re: De l'art de la critique...

Messagepar Olivier Girard » 23 octobre 2014 à 10:35

Jean-Claude Dunyach a écrit : Ca fait deux conneries dans une phrase, Olivier. Ca fait beaucoup...
Merci de corriger mes "conneries". Il me semblait juste te trouver moins présent au sommaire des recueils, anthos et revues proposés ces dernières années. Et il me semblait juste, aussi, que tu ne vivais pas de ce que tu publies en tant qu'auteur de SF. Je me suis manifestement trompé... Après, mon sentiment vient sans doute du fait que j'ai été moins marqué par tes textes publiés ces derniers temps. Ce qui nous ramène au coeur du sujet du papier publié dans Bifrost : la qualité des récits proposés.
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Re: De l'art de la critique...

Messagepar Jean-Claude Dunyach » 23 octobre 2014 à 11:00

Olivier Girard a écrit :Et il me semblait juste, aussi, que tu ne vivais pas de ce que tu publies en tant qu'auteur de SF.


C'est tout à fait exact, ce que je gagne en tant qu'auteur ne suffirait pas à me faire vivre.
Je suis donc dans le même cas que plein de mes petits camarades ici présent.
Cela ne m'empêche nullement d'être un auteur professionnel. Ni eux non plus. Cela n'a rien à voir.

Après, tu peux essayer de te rattraper aux branches comme tu le peux, Olivier. C'est ton droit le plus strict. Je me contenterai de dire que ton expression était mal choisie...
Je compte pour un. Comme chacun de vous.

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Re: De l'art de la critique...

Messagepar Sybille » 23 octobre 2014 à 11:05

thomasday a écrit :Des débouchés, il y en a plein : revues, anthologies, recueils, ça n'arrête pas. Il suffit de lister le nombre d'anthologies (de manifestations et autres) qui sortent chaque année.
Après, si on parle de débouchés qui "payent" (et qui respectent le droit d'auteur, parce qu'il y a beaucoup à dire sur certains appels à textes fantaisistes), là c'est sûr qu'il y en a moins. Mais je suis bien placé pour savoir qu'il y en a (plusieurs, chaque année).


Oui, je parle d'un vrai débouché.
D'un débouché qui non seulement paie, mais dont on parlera.
Perso, et je suis loin d'être un auteur prolifique, j'ai publié dans Galaxies, Black Mamba, Géante rouge, Short Stories Etc.
Je respecte tout à fait ces supports et suis contente qu'ils existent, mais je n'ai vu aucun retour qui me "motive".
Je m'en fous, hein, puisque ma motivation est autre, mais, en ne regardant pas que mon nombril, je me demande ce que le nouvelliste débutant peut ressentir dans cet immense silence.
(Cela dit, en tant qu'anthologiste, les remerciements que j'ai eus pour mon travail de corrections me laisse en avoir une idée.)

Et puis faire un lien "nombre de débouchés / qualité des nouvelles", c'est assez étrange (je vois le cheminement qui amène à ça, le découragement possible, etc, mais je ne l'accepte pas). En sus des périodiques, il y a des projets éditoriaux intéressants tous les ans. Et quand tu débutes, t'en veux, ou alors tu te lances pas. Ou... t'en veux pas assez. Et tout est dit.


Rien n'est dit.
Tu as un point de vue auquel tu crois, mais qui est fort subjectif et auquel je n'adhère pas. Plein de projets éditoriaux intéressants tous les ans ? Ta réalité alternative a l'air beaucoup plus fun que la mienne ! (Mais j'aurais tendance à mettre en "bisounourserie" la tienne, hein.)

Je ne vais pas citer de noms ici, mais je discute (actuellement) avec plusieurs jeunes auteurs qui en veulent, qui me proposent des trucs, qui reviennent à la charge après deux, trois refus. Et tout le temps (toute l'année, c'est mon métier), je lis de nouveaux auteurs que je trouve intéressants, que j'essaye de faire bosser ou que j'aiguille ailleurs. J'ai aidé encore très récemment un auteur à publier son premier roman que je ne trouvais pas adapté à Lunes d'encre.


Et ?

Ce dont personne ne veut parler (j'ai bien compris), c'est du travail réel que nécessite une nouvelle, du travail de recherches, de l'engagement que ça demande, etc. Alors toutes les nouvelles ne demande pas du travail de recherches, mais si on lit de la science-fiction, à un moment c'est pour aller "ailleurs", "demain", dans "un autre hier".


C'est tellement trollesque qu'il n'y a juste rien à répondre, mais chais pas qui sera convaincu.
Dans le genre posture "je suis le seul à bosser", tu donnes un coup de pied dans un réverbère et t'en as 10 qui te tombent dessus.

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