Jakabok, de Clive Barker (Lunes d'Encre)

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Ceir
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Jakabok, de Clive Barker (Lunes d'Encre)

Messagepar Ceir » 10 mars 2010 à 20:00

Je n'ai pas trouvé de lien sur Jakabok. S'il en existait un, le modérateur n'aura donc qu'à me déplacer au bon endroit.

C'était simplement pour donner mon avis, qui est mitigé.

Le plus : le personnage est franchement bien conçu. En lisant le résumé, on s'attend un peu au principe du type qui est né au mauvais endroit. On se dit que Jakabok n'a pas de chance d'être un démon, qu'il aurait dû être un humain poète, blablabla. Mais en fait pas du tout, sous des dehors fragiles il est et reste bien un démon. Et y a moults passages truculents qui le prouvent.

Le moins : non pas que le fait d'interpeller le lecteur soit gênant, mais c'est plutôt la durée de chaque interpellation qui finit par être gonflant. A chaque fois on a : 1)"quoi tu lis encore ?" 2)"je te menace" 3)"tu es encore là ?" 4)"je devine pourquoi tu restes" 5)"je relance vers l'histoire mais c'est la dernière fois". Bref, même si c'est bien écrit, à chaque fois 5 paragraphes pour chaque interpellation (et y en a souvent) ça finit par être barbant, malgré la progression logique dans les interpellations.

Enfin bon, ne serait-ce que pour la personnalité de Jakabok, ça vaut le coup. Et puis c'est pas comme si ça durait 500 pages (il y en a 200).
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Re: Jakabok

Messagepar M » 10 mars 2010 à 22:48

On a déjà discuté de vive voix, mais effectivement le système d'interpellation du lecteur est gonflant à la longue. Au début ça va mais au bout de 100 pages...

Sinon c'est bien. Ça se lit tout seul et les personnages sont haut en couleur.

Je conseillerai la lecture.
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Re: Jakabok

Messagepar rmd » 11 mars 2010 à 10:55

J'ai trouvé ca faiblard. Ca aurait mérité une novella, pas un roman.
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Re: Jakabok

Messagepar Don Lo » 11 mars 2010 à 11:39

Ah oui, 200 pages seulement. Si ça se lit vite et bien, pourquoi pas. Mais à pas cher alors.
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Re: Jakabok

Messagepar Gaëtan » 11 mars 2010 à 12:07

Je suis du même avis que Ceir.
Le livre est sympa, j'ai bien aimé l'humour, l'univers et tout... mais les interpellations incessante de Jakabok sont un peu lourde à force. Ça casse le rythme à chaque fois.
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Re: Jakabok

Messagepar Algernon » 11 mars 2010 à 15:42

Je plussoie rmd.

Un roman mineur. Lisez plutôt le royaume des devins, réel chef-d'œuvre, réédité en janvier chez Folio SF.
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Re: Jakabok

Messagepar M » 11 mars 2010 à 16:15

Christopher a écrit :Un roman mineur. Lisez plutôt le royaume des devins, réel chef-d'œuvre, réédité en janvier chez Folio SF.


Je me demandais ce que ça valait. Et comme Jakabok m'a "déçu" je me tâtais. Mais du coup je vais surement me laisser tenter.
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Re: Jakabok

Messagepar Nébal » 23 janvier 2011 à 08:58

Mister B. Gone

Inutile, sans doute, de revenir ici sur la présentation de Clive Barker. Vous avez nécessairement entendu parler d’Hellraiser, d’Imajica, des Livres de sang… [...] Autant dire qu’en matière d’horreur et de fantastique le sieur Barker se pose là, ayant sa place bien particulière et sa patte immédiatement identifiable au sein du tiercé de tête des écrivains de terreur que j’aurais tendance à pronostiquer, et à composer à ses côtés de Stephen King (of course) et Dan Simmons.

Avec Mister B. Gone, je vais aujourd’hui vous entretenir plus précisément de son « long awaited return […] to the classic horror story ».



Enfin, ça, c’est ce que dit la quatrième de couverture, mais on aura vite l’occasion de se rendre compte que c’est des craques.

Non. Ce que l’on peut en dire plus objectivement, par contre, c’est qu’il s’agit de sa dernière publication française, puisque ce Mister B. Gone a été traduit il y a à peine un peu plus d’un an sous le titre assez peu compréhensible et qui lâche un peu trop le morceau de Jakabok : le démon de Gutenberg, en Denoël Lunes d’encre. Pourquoi l’avoir lu en anglais, alors ? Ben, parce que l’occasion fait le larron…

« Demonation! »

Ce livre n’est pas un livre comme les autres. Il a en effet la particularité de s’écrire au fur et à mesure de la lecture, les lettres se réarrangeant pour former les mots que lira le lecteur. Car ce livre est possédé par un démon du Neuvième Cercle du nom de Jakabok Botch, également connu sous le nom de Mister B. Oui, un démon. Bien sûr que les démons existent ! Et les anges aussi, cela va de soi. Mais peu importe. Non, ce qui compte, c’est de BRÛLER CE LIVRE.



TOUT DE SUITE !

« Burn that book. » Telle est la supplique lancinante de Jakabok Botch, qui revient telle un leitmotiv tout au long des quelques 250 pages de ce court roman (une taille idéale, juste ce qu’il faut). Tour à tour menaçant, séducteur, pathétique, Mister B. insiste : nous devons brûler ce livre.



Mais bien évidemment, nous autres lecteurs, nous ne sommes pas de ces gens qui brûlent les livres ; et la curiosité nous aiguillonne, qui nous pousse à tourner les pages jusqu’à la dernière, pour savoir, au juste, ce que ce livre si particulier raconte.

Car il en a, des choses, à raconter. Et, en échange du feu de joie qui lui ferait tant plaisir, Jakabok passe avec le lecteur un marché : il accepte de lui raconter son histoire.

Et c’est là que, pour ceux qui en douteraient encore devant la récurrence des « Burn that book! », apparaît clairement la vérité quant à la « classification » (beuh) de Mister B. Gone : ce livre-là n’est certainement pas un roman d’horreur – ou disons, plus exactement, à peine, car il y a bien de quoi frissonner un chouia sur le tard, dans la version baroque et sadique propre (non, sale !) à Barker –, mais bien avant tout une réjouissante comédie. À vrai dire, l’enfance de Jakabok dans le Neuvième Cercle évoque, tout autant que la manière de Barker si ce n’est plus, celle de son confrère Neil Gaiman, voire celle d’un Tim Burton première époque…

Mais si le déluge d’inventivité commence déjà, et se montre déjà séduisant, le livre ne décolle à mon sens (si j’ose dire) que lorsque Jakabok, parricide, tombe dans un piège tendu par des humains et se retrouve sur notre bonne vieille Terre en plein Moyen Âge. Les péripéties s’enchaînent alors à toute vitesse, parfois hilarantes – voyez Jakabok succomber à son premier amour –, jusqu’à ce que notre petit démon carbonisé à deux queues fasse, très vite, la rencontre de Quitoon, un démon autrement plus balaise. Et si Jakabok, dans son enfance, était fasciné par les mots, Quitoon, lui, l’est par les machines qu’inventent les hommes. Il propose à Jakabok de l’accompagner dans ses pérégrinations, et les deux démons d’arpenter bientôt les routes de l’Europe médiévale, formant un véritable couple (sans surprise, les connotations homosexuelles ne manquent pas, jusqu’à l’apothéose onirique du « mariage » entre Quitoon et Jakabok). Et ils feront ainsi pendant bien des années, jusqu’à ce qu’ils entendent parler d’une invention destinée à changer la face du monde ; le fruit du génie d’un certain Gutenberg (disons-le, puisque le titre français lâche l’affaire), dans la bonne ville de Mayence…

Mister B. Gone est un roman qui, à bien des égards, ne devrait pas fonctionner. Sans trop en dire, les menaces de Jakabok à l’encontre du lecteur tombent un peu à plat, ce qui nuit considérablement à l’efficacité du roman sur le plan horrifique. Mister B. Gone, en outre, joue la carte de la surenchère permanente, ce qui est toujours dangereux : Jakabok ne cesse de nous promettre, dans les pages qui suivront, des secrets toujours plus importants, jusqu’au grand Secret final… qui peut naturellement décevoir. Enfin, bien qu’étant court (et à mon sens d’une taille idéale, donc), Jakabok : le démon de Gutenberg joue énormément sur l’aspect répétitif, ainsi que cela a déjà été noté ; on peut être à cet égard bon public – ce fut mon cas –, mais je comprendrais très bien que l’on trouve le procédé lassant…

Et pourtant, à mes yeux en tout cas, ça marche. Tout d’abord parce que c’est très drôle : encore une fois, Mister B. Gone est clairement une comédie, même s’il n’est pas vendu comme tel (mais j’ai vu que l’édition française était à cet égard plus honnête et/ou lucide). Les malheurs de Mister B. sont souvent hilarants, et Barker maîtrise très bien tant le comique de situation que l’art difficile de la parodie (et, bien sûr, le comique de répétition…). On ajoutera que les personnages sont remarquablement bien campés, et plus particulièrement les deux principaux, Jakabok bien sûr, et son compagnon Quitoon : les sentiments de Mister B. à l’égard de ce dernier, sentiments contradictoires et très violents comme seuls le grand amour et la haine absolue peuvent les faire naître, ressortent avec brio de ces pages autrement légères. Encore que pas toujours si légères que cela, bien sûr : sous couvert de farce, Barker balance évidemment quelques piques bien senties… Le style de l’auteur, enfin, est d’une efficacité remarquable, à la fois fluide et baroque – ce qui n’est pas donné, tout de même –, d’une lecture très aisée en anglais au passage. On l’appréciera d’autant plus dans les – rares – moments réellement horrifiques, où son écriture fait mouche comme à l’habitude.

Alors, certes, Mister B. Gone n’est pas un « grand roman ». Ce n’est pas, non, certainement pas, « the long awaited return of Clive Barker, the great master of the macabre, to the classic horror story ». Clive Barker a fait bien mieux (là, tout de suite, je pense à Imajica – mais peut-on vraiment les comparer, tant ça n’a rien à voir ?), on ne l’attendait pas forcément sur ce registre, et il est possible que ses fans soient déçus. On sent, par contre, comme le dit encore une fois très justement l’édition française, que l’auteur s’est fait plaisir en l’écrivant. Et c’est plutôt agréable, ma foi (si j’ose dire, bis), et assez communicatif. Pour ma part, si je ne saurais vous recommander véritablement la lecture de ce Mister B. Gone – cela me paraîtrait trop hasardeux –, je ne vous cacherai cependant pas que j’ai franchement pris beaucoup de plaisir à lire cette autobiographie démoniaque. À bon entendeur…
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Re: Jakabok

Messagepar Sauropside » 23 janvier 2011 à 11:09

Ceir a écrit :A chaque fois on a : 1)"quoi tu lis encore ?" 2)"je te menace" 3)"tu es encore là ?" 4)"je devine pourquoi tu restes" 5)"je relance vers l'histoire mais c'est la dernière fois".
Je n'ai pas lu Jakabok, mais ce procédé (prendre le lecteur à témoin ou comme confident, voire lui reprocher d'être là..!) est souvent utilisé dans San Antonio.
Est-ce écrit dans le même esprit..?
Quand on leur fait un superbe cadeau, certains ne peuvent pas s'empêcher de se demander pourquoi le papier d'emballage n'est pas de leur couleur préférée.- Ken Liu -

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