Les étoiles sont légion, Kameron Hurley

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Aldaran
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Re: Les étoiles sont légion, Kameron Hurley

Messagepar Aldaran » 09 novembre 2018 à 12:11

Le chien critique a écrit :
Aldaran a écrit :Et donc, si je comprends bien, le féminisme par nature fait vomir le Chien ?
Des chiennes dans la nature ne me dérange nullement, bien au contraire.

Ah...
Nous avons donc changé brutalement de sujet, là.
On s'éloigne à grands pas du féminisme (naturel ou non)...
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Gilles Dumay - Albin Michel Imaginaire
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Re: Les étoiles sont légion, Kameron Hurley

Messagepar Gilles Dumay - Albin Michel Imaginaire » 07 décembre 2018 à 15:42

Bonjour,

Pour celles et ceux que ça intéresse, Kameron Hurley nous a donné la permission de traduire et de publier son article lauréat du prix Hugo "Nous avons toujours combattu" ; vous le trouverez sur le blog d'Albin Michel Imaginaire.

GD
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Aldaran
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Re: Les étoiles sont légion, Kameron Hurley

Messagepar Aldaran » 07 décembre 2018 à 22:28

Oh ! Merci pour la traduction de cet intéressant essai.
Sur mon mesureur d'intérêt, il atteint le même score que l'avant-propos de Ken Liu à sa Ménagerie. C'est dire !

Comme le dit Kameron Hurley, le chemin va être du genre... long et pénible.
Cela dit, la SF a offert de beaux argumentaires, tout de même.
Je ne vous fait pas l'affront de citer ceux qui abordent le sujet.
Mais le chemin va être long.
Ensuite, on pourra se pencher sur le cas des « impossible à caser » de sexe masculin.
Sont pas près de sortir du placard, ceux-là. Je suppose qu'ils sont tout aussi nombreux mais faudra employer
la manière forte pour qu'ils l'avouent, ah, ah !
Parce que, au risque de me tromper, j'ai la forte impression que, comme les femmes se comportent aussi comme des porcs, en toute logique, les hommes peuvent se comporter avec douceur et sensibilité. Où sont-ils ? Pas les LGBT, que l'on voit en partie, mais les autres ? Sont où ?
Ce serait comme le paradoxe de Fermi ? On ne se croisera jamais pour une vulgaire question de tempo ? C'est ballot...
Parce que les deux sujets, à mes yeux, n'en font qu'un.

C'est un peu ce qui m'a manqué à la lecture de l'essai d'Hurley. Elle a très bien exprimé que les femmes étaient capables d'être aussi connes que des mecs sans dire que la réciproque existe. Et on en parle encore moins. Ah, si, Sinisalo le fait en partie dans Avec joie et docilité.
Hurley pose un peu ses couilles sur la table, dans ce texte. Faisez pas chier, chuis capable de vous exploser le museau, moi aussi. En quelque sorte.
Si les fanatiques de la femme domestique m'insupportent, je ne veux pas non plus me faire « frapper directement en pleine face. Et fort. » Ch'fais la moitié du poids du sac qu'elle est capable d'exploser. Elle est assez intimidante, comème, cette gonzesse, non ?

Mais son texte est super intéressant.
Ça rejoint tout à fait le propos tenu dans Les Furies de Hitler, un bouquin de Wendy Lower, qui se penche sur la participation féminine à la boucherie nazie.
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Re: Les étoiles sont légion, Kameron Hurley

Messagepar Lhisbei » 08 décembre 2018 à 10:42

Elle va quand même plus loin que de démontrer que les femmes sont capables de se comporter avec autant de violence que les mecs. D'ailleurs pourquoi la violence serait-elle masculine ? Parce que ça aussi c'est un stéréotype de genre, non ? Et les hommes sont aussi des lamas qu'on tente de faire rentrer dans des cases de la masculinité (cf les chansons d'Eddy de Pretto qui en disent quelque chose / cf les types qui dézinguent des nanas au prétexte qu'elles ne veulent pas sortir/coucher avec eux).

Sinon pour en revenir au texte, KH met en exergue les processus narratifs et créatifs qui concourent à la perpétuation des clichés de genre avec une mise en parallèle avec les processus de narration de l'histoire humaine qui permettent d’invisibiliser la moitié de cette humanité (1). Elle montre comment les deux se renforcent mutuellement. Et la nécessité d'agir (il faut un premier ou une première).

Et je retiens cette phrase "Le langage est un instrument puissant car il change le regard que nous portons sur le monde comme sur nous-même [...]"
Les crispations autour de l'évolution de la langue, du vocabulaire, de la féminisation des métiers ou des fonctions (si j'écris autrice je lâche un troll où pas ?), des accords de grammaire, ne sont pas des "touquettes" de féministes. Ils sont une tentative de rendre visible les femmes qui ne le sont pas.

En tout cas, merci pour la traduction de cet essai.

(1) voir les articles récents de journaux qui causent de la place des femmes dans la 1ere guerre mondiale (vous saviez qu'à travail égal à ceux des hommes, les munitionnettes étaient payées moins ?)
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Re: Les étoiles sont légion, Kameron Hurley

Messagepar ubikD » 08 décembre 2018 à 11:13

(1) voir les articles récents de journaux qui causent de la place des femmes dans la 1ere guerre mondiale (vous saviez qu'à travail égal à ceux des hommes, les munitionnettes étaient payées moins ?)


Oui. Mais, je triche.^^
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Re: Les étoiles sont légion, Kameron Hurley

Messagepar Aldaran » 08 décembre 2018 à 11:22

Lhisbei a écrit :Elle va quand même plus loin que de démontrer que les femmes sont capables de se comporter avec autant de violence que les mecs. D'ailleurs pourquoi la violence serait-elle masculine ? Parce que ça aussi c'est un stéréotype de genre, non ?

Bien sûr, elle va plus loin. Mais je note tout de même que, quelle que soit la position et les idées défendues, si on se met à causer de femmes capables d'être aussi violentes que des hommes, on n'entend pour ainsi dire jamais parler des hommes aussi doux et tendres que des femmes (sans y inclure la sexualisation, ce qui est un tout autre sujet selon moi).

Lhisbei a écrit :Les crispations autour de l'évolution de la langue, du vocabulaire, de la féminisation des métiers ou des fonctions (si j'écris autrice je lâche un troll où pas ?), des accords de grammaire, ne sont pas des "touquettes" de féministes. Ils sont une tentative de rendre visible les femmes qui ne le sont pas.

Non, ce n'est pas un troll (et c'est même le mot que j'utilise pour des raisons déjà exprimées). Il va falloir en passer par là, c'est une obligation. Mais il ne s'agit que d'un outil et, procédé très courant chez ceux qui voudraient que la femme reste à la place qu'ils aimeraient qu'elle occupe, on focalise toutes les discussions... sur l'outil. Sans songer une seconde à l'utilisation qu'on pourrait en faire.
Je vois de part et d'autre (féministes vs les autres) une posture plutôt qu'une discussion utile et un but commun.
C'est un mot que j'aime beaucoup, autrice. Auteure, non. Pas tant qu'on emploiera libraire pour parler d'un marchand de livres mâle. Pour un sujet aussi complexe, il serait bon de respecter une certaine logique.
Mais une fois encore, le cœur du sujet n'est pas là.
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Re: Les étoiles sont légion, Kameron Hurley

Messagepar Aldaran » 21 mars 2019 à 23:35

Comme je suis en train de lire ce bouquin admirable qu'est Du côté des petites filles (que beaucoup de monde doit déjà connaître,
j'arrive vraiment après la guerre, parfois...), je repensais à ce qui s'était dit sur ce fil de discussion.
Dans ce bouquin, on trouve le passage suivant :
Elena Gianini Belotti a écrit :Ce n'est pas en disciplinant et en réduisant l'affectivité féminine comme on a toujours réduit et mutilé celle des hommes, ni en les empêchant de s'exprimer librement (un homme ne s"émeut pas, ne s'attendrit pas, ne pleure pas, ne se désespère pas), qu'on peut espérer enrichir les individus. Ce n'est pas en poussant les petites filles à entrer en compétition et à imiter les garçons qu'on leur offrira quelque chose de plus, mais en respectant, en favorisant le choix de chacun, indépendamment de son sexe, et en offrant aux enfants des modèles plus variés, permettant davantage de s'exprimer, et plus libérés de stéréotypes dominants, ils pourront ainsi se réaliser plus complètement sans être contraints de sacrifier des aspects d'eux-mêmes qui ont une valeur précieuse.

Ce sont des choses comme celle-ci qui me faisaient dire que je trouvais Kameron Hurley intimidante de mon point de vue.
(Pour le détail et pour ceux que ça intéresse, c'était ici.)
Tout ça me rappelle que je n'ai encore pas ouvert son roman. Je vais.
Agathe L.
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Re: Les étoiles sont légion, Kameron Hurley

Messagepar Agathe L. » 31 mars 2019 à 22:27

J'ai lu peu de commentaires concernant ce roman. Aussi, il est possible que mon avis aborde des thèmes déjà abordés ailleurs.

J'ai adoré ce roman! Suivre Zan dans ses multiples interrogations concernant son identité et son rôle dans cet univers m'a accroché tel un polar digne de ce nom. Bien que tout ce qui est morbide, gore, sanglant à outrance me fait fuir, ici tout fait sens au fur et à mesure que l'on avance dans la description de cet univers. Du coup, la pilule n'a pas été trop dure à digérer.

Oui, c'est violent car il s'agit d'un univers en guerre. La violence du propos est donc en rapport avec cela. Par contre, le style de l'écriture permet de prendre du recul. Mon impression générale est proche de celle de FeydRautha https://lepauledorion.com/2018/09/13/les-etoiles-sont-legion-kameron-hurley/, y compris la deuxième partie qui m'a semblé trop longue par rapport à ce qu'elle apporte d'intéressant pour l'intrigue.

Dès le début du récit, la notion de recyclage m'a fait pensé d'une part, au recyclage tel qu'on le pratique sur Terre pour des raisons écologiques, et d'autre part, au principe des vies multiples dans certains jeux vidéos.

Oui, c'est un roman féministe, utile et politique.
Dans cet univers, les femmes sont reléguées au rang d'objets utiles, toute leur existence est liée au bon vouloir des mondes, comme si elles étaient dénuées d'intelligence, de libre arbitre. Elles sont les sujets des mondes dans les-quelles elles vivent; bien que rien n'indique comment les mondes gouvernent. Les femmes peuvent se retrouver enceintes quand le monde dans lequel elles vivent l'a décidé pour ses propres besoins. Cela me fait fortement penser à la réalité de nos sociétés où l'injonction à devenir mère est plus important que l'existence des femmes elles-mêmes. Comme si seul leur ventre importe puisqu'il a le pouvoir de donner la vie, d'assurer la survie
de l'espèce humaine. Pourtant, comme dans le roman, notre survie dépend de nos capacités à nous unir pacifiquement afin d'œuvrer ensemble pour diminuer "le cancer" du réchauffement climatique qui détruit la planète.
Je trouve d'ailleurs dommage que la fin qui arrive à cette conclusion arrive rapidement et semble ainsi bâclée.

Je trouve que c'est une excellente idée qu'il n'y ait aucun homme dans cet univers pour plusieurs raisons. La première, qui m'a énormément plus, est de montrer que les femmes peuvent se comporter exactement comme les hommes ( voire pire ): trahisons, mensonges, hypocrisie, stratégie, coups fourrés. Je pense que c'est une très bonne chose
que ce soit une autrice qui décrive les femmes ainsi, cela évite de taxer l'autrice de misogyne; alors qu'elle ne fait
que montrer une facette des femmes que certaines féministes tendent à vouloir minimiser ou effacer.

La deuxième est qu'ainsi l'injonction à être mère ne peut être imputée aux hommes. En effet, puisque tout est féminin dans ce monde, on peut supposer que les mondes le sont aussi.


C'est un livre que je relirai et relirai encore, tant j'ai trouvé l'histoire de Zan attachante.

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