Trois saisons en enfer, Mohammed Rabie

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Biro
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Re: Trois saisons en enfer, Mohammed Rabie

Messagepar Biro » 02 février 2021 à 20:56

yogo a écrit :
Apophis a écrit :Ah ouais, c'est clair, des photos de pinces, de vis et de cassettes audio, quel génie !
Je trouve cette remarque assez "con", j'avais d'autres mots qui me venait à l'esprit mais celui-ci est le plus simple et le plus compréhensible.

C'est marrant car moi qui n'ai pas utilisé un mot genre "con" (j'essaye d'éviter dans un débat), je me suis fait traiter de paillasson (toujours pas compris, peut-être veut-il essuyer ses bottes ?) alors que je pointais surtout le fait de comparer UN graphiste à UNE fille de 3 ans (ce qui est limite sexiste et frise quand même une totale absence de réflexion sur le sujet de l'art "contemporain", quoique cela veuille dire).
Et ça ne m'empêche pas de respecter énormément le travail d'Apophis sur son blog et chez nos amis du Bélial' et également considérer qu'il y a d'affreux escrocs dans l'art contemporain (comme partout ailleurs).

PS : et moi non plus je ne suis pas du tout fan du travail exposé sur la page Arcangel. Ce n'est pas la question.
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yogo
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Re: Trois saisons en enfer, Mohammed Rabie

Messagepar yogo » 02 février 2021 à 21:08

Erwann a écrit :
yogo a écrit :L'art on aime ou pas, on adhère ou pas, qu'importe l'art en général (et j'y inclue les littératures) c'est fait pour échanger, discuter, réfléchir mais pas pour être aussi hautain et arrogant. Ca me fait penser aux lecteurs qui dénigrent les littératures de l'imaginaire derrière des a priori et sans vraiment s'intéresser au sujet.

Je comprends… mais par moment, l'art contemporain donne aussi l'impression d'être hautain et arrogant, en affirmant comme œuvre des choses dont l'intérêt artistique semble passablement discutable (par exemple parce que le travail dessus semble minimal, comme les photos de pinces, vis et gants, qui paraissent moins travaillées et moins évocatrices que les autres photos et dessins exposés sur la page Arcangel d'Antony Babour).
Tout est dit avec ces deux termes purement subjectif.
Comme beaucoup de monde, ces photos ne me parle pas plus que ça (quoique je préfère la pince, au niveau couleur, rendu que les gants - qui me rappellent peut-être le boulot !). Il y a peut être/surement une démarche, une explication dans l'œuvre et avant de juger, d'hurler peut être vaudrait mieux s'interroger.

Et entièrement d'accord avec ce que dit Aldaran.
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Re: Trois saisons en enfer, Mohammed Rabie

Messagepar FeydRautha » 02 février 2021 à 21:38

Erwann a écrit :Je comprends… mais par moment, l'art contemporain donne aussi l'impression d'être hautain et arrogant


C'est un jugement de valeur très subjectif ça, Erwann.

L'univers de la photographie m'est totalement étranger. Mais j'imagine que ceux que cela passionne y trouve quelque chose. Pendant un temps, la photographie de trucs rouillés était très à la mode (on parle de la couverture de Solutions non satisfaisantes ?). Après ce fut les cailloux mouillés, etc.

Perso, ça ne me parle pas mais peut-on parler pour autant d'arrogance de l'art ? Est-ce que le Sacre de Napoléon de David n'est pas franchement plus arrogant qu'un ready-made de Duchamp ? Breton définissait le ready-made comme "Objet manufacturé promu à la dignité d'objet d'art par le simple choix de l'artiste". En art contemporain la question ne se pose pas en terme de "travail minimal", ça c'est de l'artisanat. Que ce soit "discutable", oui, c'est même le but.

Il y a même des artistes, je pense par exemple à Gasiorowski, dont l'œuvre ne peut s'appréhender que dans son ensemble. Si tu croises un pot de fleur de Gasiorowski, tu te diras certainement que c'est un escroc. Si tu vois l'ensemble de son œuvre jusqu'à son dernier tableau, ce type est un génie. Tout est dans l'intention.

PS : Incidemment, cette discussion me fait penser aux bouquins publiés chez La Volte
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Erwann
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Re: Trois saisons en enfer, Mohammed Rabie

Messagepar Erwann » 02 février 2021 à 22:04

FeydRautha a écrit :
Erwann a écrit :Je comprends… mais par moment, l'art contemporain donne aussi l'impression d'être hautain et arrogant


C'est un jugement de valeur très subjectif ça, Erwann.

Tout à fait. À vrai dire, j'avais écrit dans ma tête "me donne l'impression", mais un mot est passé à l'as sur le clavier.

FeydRautha a écrit :L'univers de la photographie m'est totalement étranger. Mais j'imagine que ceux que cela passionne y trouve quelque chose. Pendant un temps, la photographie de trucs rouillés était très à la mode (on parle de la couverture de Solutions non satisfaisantes ?). Après ce fut les cailloux mouillés, etc.

Perso, ça ne me parle pas mais peut-on parler pour autant d'arrogance de l'art ? Est-ce que le Sacre de Napoléon de David n'est pas franchement plus arrogant qu'un ready-made de Duchamp ? Breton définissait le ready-made comme "Objet manufacturé promu à la dignité d'objet d'art par le simple choix de l'artiste". En art contemporain la question ne se pose pas en terme de "travail minimal", ça c'est de l'artisanat. Que ce soit "discutable", oui, c'est même le but.

Il y a même des artistes, je pense par exemple à Gasiorowski, dont l'œuvre ne peut s'appréhender que dans son ensemble. Si tu croises un pot de fleur de Gasiorowski, tu te diras certainement que c'est un escroc. Si tu vois l'ensemble de son œuvre jusqu'à son dernier tableau, ce type est un génie. Tout est dans l'intention.

J'entends bien, et les discussions que l'art contemporain suscitent sont intéressantes (je doute qu'il soit possible d'avoir l'unanimité ou l'objectivité à ce sujet) (et ça me met face à des contradictions que je n'ai toujours pas résolues ;-)
De manière générale, mes goûts vont me porter à apprécier les œuvres ayant fait l'objet d'un tant soit peu de travail. Le ready-made, c'est marrant mais une fois que Duchamp a exposé sa Fontaine (ou que John Cage ait fait ses 4 minutes 33 secondes de bruit ambiant), tout me semble dès lors dit, et la suite n'est que répétition et variation. À la posture de l'artiste provoc (l'un des summuns récents étant "Coucou, je scotche une banane à un mur et ça se vend des milliers d'euros" — à mes yeux, c'est arrogant car indistinguable de la fumisterie), je préfère celle de l'artisan. De sorte que je préfère les expos que l'on voit à la Halle St Pierre qu'au Centre George Pompidou.
Et en ce qui concerne l'illustrateur de Trois saisons en enfer, je trouve qu'il y a des choses intéressantes dans sa galerie ; ses photos me parlent moins.
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Re: Trois saisons en enfer, Mohammed Rabie

Messagepar Aldaran » 03 février 2021 à 00:09

Erwann a écrit :[...] la posture de l'artiste provoc (l'un des summuns récents étant "Coucou, je scotche une banane à un mur et ça se vend des milliers d'euros" — à mes yeux, c'est arrogant car indistinguable de la fumisterie), je préfère celle de l'artisan.

Je suis d'accord avec ça.
Pourtant, la fameuse banane, dans le genre provoc', ça relevait du génie. En même temps que certains hurlaient à l'arnaque artistique, d'autres se précipitaient pour se faire photographier devant l'objet en ouvrant la bouche et en arrondissant les lèvres. Beaucoup de femmes se sont prêtées au jeu, toutes ayant visiblement l'air content d'elles.
En pleine libération de la parole et autres dénonciations du sexisme, parvenir à diffuser (juste en posant une banane sur un mur et sans prendre la moindre photo) autant de clichés provocants sans que personne ne s'en aperçoive, c'est un tour de force.
Nous sommes d'accord, il n'y a rien d'artistique là-dedans, c'est juste de la provoc'. Mais laquelle ?
Et c'est hilarant, cette histoire de banane.
Non ? Drôle, alors ? Non plus ?
Bon, je retourne consulter, alors...
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Re: Trois saisons en enfer, Mohammed Rabie

Messagepar ubikD » 03 février 2021 à 07:52

Ou comment, partant d'une illustration de couverture, on en vient à discourir sur l'art. On se croirait revenu au temps du cafard cosmique ^^ (et ce n'est pas une critique, bien au contraire).

Ps : Finalement, on parle plus de l'illustration que du livre. Rien de neuf sous le soleil.
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Re: Trois saisons en enfer, Mohammed Rabie

Messagepar Gilles Dumay - Albin Michel Imaginaire » 03 février 2021 à 08:56

ubikD a écrit :Ps : Finalement, on parle plus de l'illustration que du livre. Rien de neuf sous le soleil.


La publication d'un lien vers une critique aussi pertinente soit-elle sur le FB d'Albin Michel Imaginaire c'est au mieux 600 vues, 3 partages, 20 clics vers la critique en question.
La publication d'un crayonné, d'une illustration nue ou d'une couverture c'est plusieurs milliers de vues, plusieurs dizaines de partages et souvent des dizaines de commentaires sur le post et les partages.
Je pense que la science-fiction et la fantasy, dans une moindre mesure me semble-t-il, sont les seules littératures où l'on observe ça.

GD
KeithGersen
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Re: Trois saisons en enfer, Mohammed Rabie

Messagepar KeithGersen » 03 février 2021 à 10:56

Le souci de l'art contemporain est qu'il a été pris en main par des spéculateurs. Si, en peinture par exemple, vous montrez un Vinci ou un Monnet à un « sans-dent », spontanément ce dernier vous dira s'il aime (la plupart du temps) ou pas ; il a les références et ça va le toucher. En contemporain, on va nous présenter... (choisissez le nom) mais toujours accompagné d'un livret de 50 ou 100 pages pour nous expliquer le génie de l'artiste. Désolé, mais là, une petite lumière « méfiance » se met à clignoter.
Finalement faisons confiance au vocabulaire ; aujourd'hui nous avons des gens travaillant dans l'« événementiel » ou sont « influenceurs ». Quant aux artistes ils ne pratiquent plus un art mais font des « performances ».
Voilà pourquoi, pour moi aussi, les vrais artistes de notre époque sont les artisans ; j'ai toujours admiré les gens travaillant avec leurs mains, et surtout ils redonnent toute sa valeur au temps.
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FeydRautha
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Re: Trois saisons en enfer, Mohammed Rabie

Messagepar FeydRautha » 03 février 2021 à 12:44

KeithGersen a écrit :En contemporain, on va nous présenter... (choisissez le nom) mais toujours accompagné d'un livret de 50 ou 100 pages pour nous expliquer le génie de l'artiste. Désolé, mais là, une petite lumière « méfiance » se met à clignoter.


Tu vois, j'ai du mal à comprendre cette méfiance. L'art contemporain, comme beaucoup d'autres formes de création, demande de la part de l'amateur curieux une éducation, un temps de formation, une démarche d'apprentissage, avant de pouvoir être appréhendé. Il en est de même du free jazz ou du metal extrême. Si tu fais écouter Steve Coleman ou Meshuggah à quelqu'un qui n'a jamais écouté de jazz ou de metal, tu vas te prendre un pain dans la tronche. Sauf que la musique est plus facilement accessible parce qu'on peut acheter un disque ou écouter la radio. Pour accéder à l'art contemporain, il faut aller régulièrement se faire des expos et des rétrospectives, sans pouvoir y toucher. La démarche est moins naturelle, on va dire. Du coup, oui, parfois il faut un livre de 50 ou 100 pages pour expliquer l'importance d'un artiste, surtout quand celui-ci est lancé dans une démarche de création qui sort complètement des sentiers battus. Ce n'est pas du fast-food. Ce n'est pas parce que ce n'est pas immédiatement appréciable qu'il y a une arnaque. Au contraire, dirais-je.

Tout ça est applicable aussi à la littérature. On ne commence pas à lire avec Guyotat ou William S. Burroughs.

La question du marché de l'art est autre. Une œuvre n'a aucune valeur intrinsèque (sauf si on compte le temps passé et le prix des matériaux). Elle n'a que celle qui lui est donnée par le marché. Mais ça on s'en balance, les musées sont pleins d'œuvres accessibles quasiment gratuitement. Il n'est pas nécessaire d'avoir un Picasso dans son salon pour apprécier son œuvre.
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Re: Trois saisons en enfer, Mohammed Rabie

Messagepar KeithGersen » 03 février 2021 à 13:39

FeydRautha a écrit :
KeithGersen a écrit :En contemporain, on va nous présenter... (choisissez le nom) mais toujours accompagné d'un livret de 50 ou 100 pages pour nous expliquer le génie de l'artiste. Désolé, mais là, une petite lumière « méfiance » se met à clignoter.


Tu vois, j'ai du mal à comprendre cette méfiance. L'art contemporain, comme beaucoup d'autres formes de création, demande de la part de l'amateur curieux une éducation, un temps de formation, une démarche d'apprentissage, avant de pouvoir être appréhendé. Il en est de même du free jazz ou du metal extrême. Si tu fais écouter Steve Coleman ou Meshuggah à quelqu'un qui n'a jamais écouté de jazz ou de metal, tu vas te prendre un pain dans la tronche. Sauf que la musique est plus facilement accessible parce qu'on peut acheter un disque ou écouter la radio. Pour accéder à l'art contemporain, il faut aller régulièrement se faire des expos et des rétrospectives, sans pouvoir y toucher. La démarche est moins naturelle, on va dire. Du coup, oui, parfois il faut un livre de 50 ou 100 pages pour expliquer l'importance d'un artiste, surtout quand celui-ci est lancé dans une démarche de création qui sort complètement des sentiers battus. Ce n'est pas du fast-food. Ce n'est pas parce que ce n'est pas immédiatement appréciable qu'il y a une arnaque. Au contraire, dirais-je.

Tout ça est applicable aussi à la littérature. On ne commence pas à lire avec Guyotat ou William S. Burroughs.

La question du marché de l'art est autre. Une œuvre n'a aucune valeur intrinsèque (sauf si on compte le temps passé et le prix des matériaux). Elle n'a que celle qui lui est donnée par le marché. Mais ça on s'en balance, les musées sont pleins d'œuvres accessibles quasiment gratuitement. Il n'est pas nécessaire d'avoir un Picasso dans son salon pour apprécier son œuvre.



Aucun souci, je suis plutôt éclectique. Je dis juste que je me méfie quand on veut trop m'expliquer pourquoi je dois aimer. Je me méfie surtout des "marchands d'art", cela me rappelle l'affaire Boronali.

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