Maintenir la précarité des auteurs pour garantir la bonne santé de l'édition ?

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Re: Maintenir la précarité des auteurs pour garantir la bonne santé de l'édition ?

Messagepar Twin » 18 janvier 2020 à 23:26

Question peut-être naïve, mais les éditeurs ont de quoi absorber une hausse significative de rémunération de leurs auteurs ?

Parce que si ce n'est pas le cas, à part une baisse globale de la production (moins d'auteurs, mieux rémunérés), je ne vois pas trop ce qui pourrait changer.
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Re: Maintenir la précarité des auteurs pour garantir la bonne santé de l'édition ?

Messagepar Shibia » 19 janvier 2020 à 11:39

lonesome a écrit :Dans le même ordre d'idée la lettre de marion Montaigne au ministre de la culture avant sa venue à Angoulême.
Face à l'attentisme de l'état et la fin de non recevoir du patron des éditeurs, l'énervement des auteurs de bd se fait entendre.
https://next.liberation.fr/culture/2020/01/16/precarite-des-auteurs-bd-le-coup-de-semonce-de-marion-montaigne_1773387

Pour une fois que je n'y suis pas, je sens que le festival d'Angoulême va être rock and roll. Est ce qu'un représentant du gouvernement sera là, ou feront-ils faux bond comme pour la cérémonie des voeux annulée in extremis.
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Re: Maintenir la précarité des auteurs pour garantir la bonne santé de l'édition ?

Messagepar Olivier Girard » 19 janvier 2020 à 11:54

Twin a écrit :Question peut-être naïve, mais les éditeurs ont de quoi absorber une hausse significative de rémunération de leurs auteurs ?
La situation des éditeurs est aussi diverse que celle des auteurs ; mettre Albin Michel (par exemple) dans le même panier que le Bélial' (par exemple), c'est un peu comparer les ventes de Maxime Chattam (pour prendre un auteur AM) à celles de Thierry Di Rollo ou Jean Baret (pour prendre des auteurs Bélial').
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Re: Maintenir la précarité des auteurs pour garantir la bonne santé de l'édition ?

Messagepar Herbefol » 19 janvier 2020 à 13:41

christianbdfi a écrit :
Herbefol a écrit :Quand un ouvrier fabrique des boites de petits pois, il n'est pas payé en fonction des ventes de petits pois. Il est payé en fonction du travail qu'il a effectué. Ce devrait être la même chose pour les auteurs et ça n'est pas du tout le cas. Il est totalement anormal que dans un marché global qui dépasse le milliard d'euros, les fournisseurs de matière première soient payés à un tarif misérable.

Et puisqu'on est dans la vision purement économique/financière du truc, je dirai que si le secteur de l'édition n'est pas capable d'apporter une rémunération décente à ses fournisseurs de matière première sans se mettre en danger, alors il mériterait purement et simplement de disparaitre.


Dans ta parabole, l'ouvrier qui fabrique les boîtes, c'est plutôt l'imprimeur. Celui qui fournit la matière première (les petits pois) c'est le paysan et, bizarrement, lui non plus a rarement une rémunération décente...

Ce qui me va très bien, en terme d'analogie : les auteurs sont exploités par une chaîne industrielle qui fait du profit sur leur misère. Et encore au moins le paysan est vu comme quelqu'un pratiquant une activité professionnelle. Ce n'est grosso-modo même pas le cas de l'auteur. En France on reste coincé dans une vision de l'artiste complètement décalée, comme étant à peu près tout sauf un professionnel.
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Re: Maintenir la précarité des auteurs pour garantir la bonne santé de l'édition ?

Messagepar Herbefol » 19 janvier 2020 à 13:43

Gilles Dumay - Albin Michel Imaginaire a écrit :Le marché du livre il est dérégulé, c'est bien la surproduction en BD qui a provoqué la paupérisation de tout un ensemble d'illustrateurs.

Il n'est dérégulé que sur certains aspects. Il l'est au contraire très fortement sur d'autres. Je rappelle quand même qu'on a la loi du prix unique chez nous, qui n'est pas forcément pour rien d'ailleurs dans la mécanique de surproduction actuelle.
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Re: Maintenir la précarité des auteurs pour garantir la bonne santé de l'édition ?

Messagepar Gilles Dumay - Albin Michel Imaginaire » 19 janvier 2020 à 19:57

Herbefol a écrit :
Gilles Dumay - Albin Michel Imaginaire a écrit :Le marché du livre il est dérégulé, c'est bien la surproduction en BD qui a provoqué la paupérisation de tout un ensemble d'illustrateurs.

Il n'est dérégulé que sur certains aspects. Il l'est au contraire très fortement sur d'autres. Je rappelle quand même qu'on a la loi du prix unique chez nous, qui n'est pas forcément pour rien d'ailleurs dans la mécanique de surproduction actuelle.


Là nous sommes d'accord, pour changer. La loi Lang avait pour but de protéger notre réseau de librairies indépendantes (unique au monde, pour ce que j'en sais et ce que j'ai pu observer à l'étranger). Or quand tu bloques un curseur, il ne faut pas s'étonner de voir bouger les autres dans le mauvais sens.
C'est pour ça que je méfie des 10% de droits minimum pour tous, c'est une idée louable, mais quels vont être ses effets pervers à moyen et à long terme ?
A mon sens, personne ne peut le dire.

GD
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Re: Maintenir la précarité des auteurs pour garantir la bonne santé de l'édition ?

Messagepar Herbefol » 19 janvier 2020 à 20:16

Gilles Dumay - Albin Michel Imaginaire a écrit :
Herbefol a écrit :
Gilles Dumay - Albin Michel Imaginaire a écrit :Le marché du livre il est dérégulé, c'est bien la surproduction en BD qui a provoqué la paupérisation de tout un ensemble d'illustrateurs.

Il n'est dérégulé que sur certains aspects. Il l'est au contraire très fortement sur d'autres. Je rappelle quand même qu'on a la loi du prix unique chez nous, qui n'est pas forcément pour rien d'ailleurs dans la mécanique de surproduction actuelle.


Là nous sommes d'accord, pour changer. La loi Lang avait pour but de protéger notre réseau de librairies indépendantes (unique au monde, pour ce que j'en sais et ce que j'ai pu observer à l'étranger). Or quand tu bloques un curseur, il ne faut pas s'étonner de voir bouger les autres dans le mauvais sens.
C'est pour ça que je méfie des 10% de droits minimum pour tous, c'est une idée louable, mais quels vont être ses effets pervers à moyen et à long terme ?
A mon sens, personne ne peut le dire.

Du coup, ne rien faire c'est mieux ? Pas sûr que les auteurs apprécient. :P
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Re: Maintenir la précarité des auteurs pour garantir la bonne santé de l'édition ?

Messagepar Gilles Dumay - Albin Michel Imaginaire » 20 janvier 2020 à 08:43

Herbefol a écrit :Du coup, ne rien faire c'est mieux ? Pas sûr que les auteurs apprécient. :P


En fait, les auteurs (et je crois qu'ils le regrettent, pour la plupart) ne vivent pas du tout un statu quo depuis deux trois ans.

Il y a la réforme des Agessa.

Elle règle certains problèmes comme la couverture maladie dès le premier euro, mais elle crée d'autres difficultés. Notamment l'inscription à l'Ursaff en tant qu'auteur. Très sincèrement je n'ai pas encore compris toutes les conséquences de la réforme, si elle assez simple à "suivre" pour un auteur qui n'a que des droits d'auteurs comme revenus, droits qu'il décide de déclarer en BNC, je la trouve assez nébuleuse pour quelqu'un qui aurait des droits d'auteur comme revenus annexes (qui seraient donc précomptés). La notice "simplifiée" m'a semblé particulièrement mal foutue.

Certains salons payent les auteurs qui interviennent en table-ronde. Il existe aussi une charte des auteurs et illustrateurs jeunesse pour les intervention avec un tarif à la journée et un tarif à la demi-journée.

Les auteurs ont une retraite complémentaire obligatoire, le RAAP, qui était très avantageuse (et l'est moins depuis quelques années). Pour cotiser, il faut gagner plus de 9135 euros par an en droits d'auteur, si mes calculs sont bons. Les premières années, je sur-cotisais et j'ai l'impression que nous étions nombreux à la faire, suite à une discussion avec Laurent Genefort. Il me corrigera, si je me trompe.

Il me semble que le "rêve" de l'état c'est que chaque auteur devienne un entrepreneur et gère son activité comme une entreprise. Dans un milieu ou la "phobie administrative", disons, est bien plus répandue que chez les ministres, il me semble qu'il va y avoir des dégâts.

GD

PS : J'ai trouvé l'info qui me manquait sur le site de l'Urssaf limousin :
"Vous n’avez pas de numéro SIRET, vous êtes intégralement précompté et vous souhaitez déclarer vos revenus en traitements et salaires ? → Votre courrier contenant votre code d’activation vous parviendra avant avril 2020."
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Re: Maintenir la précarité des auteurs pour garantir la bonne santé de l'édition ?

Messagepar Laurent Queyssi » 20 janvier 2020 à 09:11

Pour l'instant, la phobie administrative (pitié pour les clichés) est plutôt du côté de l'URSAFF qui n'a pas été capable d'envoyer les bons codes d'activation à la moitié des auteurs en BNC.
Cette réforme est faite par-dessus la jambe et pas qu'un peu. Manque de moyens et de personnel pour gérer le bordel, visiblement. Les témoignages glanés sur les forums d'auteurs sont hallucinants. L' URSAFF est tellement à la ramasse qu'ils n'ont rien calculé et qu'ils ont demandé une avance à tous les auteurs : 900 et quelques euros. Les auteurs qui ne gagnent que dalle sont ravis.
Alors, oui, les auteurs regrettent.

Précisons qu'il n'y a aucun lien entre revenus annexes et précompte. Tous mes revenus sont en droit d'auteurs (je touche trois cachouètes de tables rondes ou d'interventions à la fac par an, ce que l'administration appelle des revenus annexes) et je suis précompté. C'est le choix de chacun.
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Gilles Dumay - Albin Michel Imaginaire
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Re: Maintenir la précarité des auteurs pour garantir la bonne santé de l'édition ?

Messagepar Gilles Dumay - Albin Michel Imaginaire » 20 janvier 2020 à 09:21

Laurent Queyssi a écrit :L' URSAFF est tellement à la ramasse qu'ils n'ont rien calculé et qu'ils ont demandé une avance à tous les auteurs : 900 et quelques euros. Les auteurs qui ne gagnent que dalle sont ravis.


Je n'ai pas reçu cet appel. J'imagine donc que c'est pour les auteurs dispensés de pré-compte ? (ce qui n'est pas mon cas).

GD

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